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L'étain, le plomb, le zinc

L'étain

Pour être utilisé, le minerai d'étain, qui était exploité dès l'Antiquité dans les mines à ciel ouvert, doit être lavé et broyé puis chauffé à plusieurs reprises. Il existe trois qualités : la plus basse, d'un gris foncé et mat, comporte une forte proportion de plomb, allant jusqu'à 40 p. 100, elle est appelée en France « claire étoffe » ou « étain mort » ; la deuxième, ou « étain commun », moins terne et moins foncée que la précédente, est très employée : elle est composée de plomb, de cuivre et de bismuth jusqu'à 20 p. 100. La troisième, la plus belle, est l'« étain fin », dont les proportions comprennent 90 p. 100 d'étain allié au bismuth, au cuivre et à l'antimoine et donnent un métal gris pâle, brillant lorsqu'il est poli, et sonnant particulièrement bien. Seuls, l'étain fin et l'étain commun ont été utilisés pour la fabrication des objets mis en contact avec les aliments, la claire étoffe étant dangereuse du fait de ses fortes proportions en plomb. Le saturnisme, dû à l'absorption de plomb, fut jusqu'à la fin du xixe siècle un mal fréquent, provoqué par les fraudes et le manque de précautions dans l'emploi des objets domestiques en étain, qui étaient censés avoir été contrôlés et être de bon aloi. L'étain est un des rares métaux à ne pas supporter le froid : vers – 13 0C, en effet, il devient friable, crevassé et purulent, atteint de cette maladie  

irréversible qu'est la peste de l'étain. À plus basse température encore, il tombe en poussière. Il faut tenir compte de cette particularité pour la conservation et pour la qualité de la sonorité des tuyaux d'orgues, par exemple. On a longtemps cru que les pièces atteintes par la peste de l'étain risquaient de contaminer les objets sains, mais des études récentes menées par les laboratoires du musée du Cinquantenaire à Bruxelles semblent remettre ce fait en cause. On « essaie » l'étain à la mouche, en faisant fondre un petit point qui évolue de façons différentes selon la qualité du métal. L'étain est mis en forme de deux manières, au marteau ou fondu.

Salmon, auteur français du célèbre ouvrage L'Art du potier d'étain, publié à Paris en 1788, parle de « planage » et de « forgeage ». Ces opérations sont visibles sur les rares pièces médiévales conservées. Le travail au marteau a été abandonné au xve siècle, mais a été réutilisé au xixe siècle pour surdécorer des pièces du xviie ou du xviiie siècle, repoussées en relief à l'outil après avoir été fondues.

La forme de l'étain et le décor le plus fin, en relief, ajouré, repercé, ciselé, sont obtenus par coulage dans un moule, de bronze ou d'acier, et viennent bruts de coulée, l'étain prenant particulièrement bien les empreintes et ne demandant presque aucun travail de reprise et de reparure, contrairement au bronze ou au laiton. Les anses, les pieds, le couvercle ou les autres éléments sont coulés séparément, puis assemblés par soudure. Une fois la pièce démoulée, il suffit de limer les ébarbures et de pratiquer les moulurations et le polissage au tour. Le décor peut être gravé au burin, à la pointe ou au vernis de graveur, suivant les techniques traditionnelles ; le « décor à l'acide » est propre à l'étain ; il ne consiste pas en une attaque de la surface du métal, mais en un coulage dans un moule dont les décors en creux ont été obtenus par gravure à l'acide, donc en très léger relief. Les célèbres plats dits d'Edelzinn, fabriqués en Allemagne au xvie siècle, relèvent de cette technique.

Dès le xviie siècle, l'étain a aussi été incrusté en plaques ou en filets dans le bois, au même titre que l'écaille, l'ivoire ou le cuivre, dans les célèbres meubles français de A. C. Boulle (1642-1732) et certaines pièces ont été peintes comme des tôles de fer.

Le plus ancien objet d'étain connu est une petite gourde à deux anses, datée de 1850 avant J.-C., trouvée en Égypte à Abydos. En France, une marmite, découverte à Bétricourt en Artois, mais disparue aujourd'hui, aurait daté du ive siècle après J.-C. En Angleterre, des objets du iiie siècle, ainsi que des moules en pierre datant de l'occupation romaine, ont été mis au jours lors de fouilles ; ils étaient fabriqués en Cornouailles, région particulièrement riche en mines. L'emploi de ce métal semble avoir été pratiquement abandonné à la chute de l'Empire romain. Aux xiiie et xive siècles, il apparaît à nouveau dans la vie privée comme dans la vie religieuse. Peu nombreuses [...]

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Hôtel Tassel, V. Horta

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Rampe d'escalier, hôtel Solvay, Bruxelles

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  • : conservateur de l'Inventaire, responsable des Objets mobiliers à l'Inventaire général

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Pour citer l’article

Catherine ARMINJON, « MÉTAL ARTS DU », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arts-du-metal/