DUBČEK ALEXANDRE (1921-1992)

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Un printemps voué à l'échec

Tous les discours de Dubček pendant le printemps contenaient une double mise en garde : contre les « forces de droite », c'est-à-dire les « excès » d'une opinion qui redécouvrait la liberté d'expression, et contre les forces « conservatrices ». La direction Dubček ne s'est jamais donné les moyens de sa politique. Elle abolissait la censure tout en laissant les « durs » de l'appareil faire obstruction au changement, puis préparer en toute quiétude l'« aide fraternelle » du 21 août : Vasil Bilak, Alois Indra, Drahomir Kolder restèrent à la tête du parti et prirent même du galon. Milos Jakes, l'homme par excellence des Soviétiques, fut même nommé par Dubček à la tête de la commission de contrôle, poste qui lui permit par la suite de purger les dubčékiens. La même remarque vaut pour l'armée et la sécurité. Le général Prchlik fut démis de ses fonctions par Dubček à la demande des Soviétiques, après une conférence de presse en juillet 1968, où il avait réclamé des rapports d'égalité au sein du pacte de Varsovie. Le démettre, c'était dire aux Soviétiques que l'armée tchécoslovaque ne bougerait pas en cas d'invasion.

Au lieu de prendre les devants, la direction Dubček a repoussé les élections prévues pour mai 1968 ; de même, elle n'a pas envisagé de convoquer dès le printemps un congrès extraordinaire du parti qui aurait pu mener à bien un changement de personnel politique, de sorte que le même comité central qui avait élu Novotný en 1966 a élu ensuite Dubček en janvier 1968, puis Husàk en 1969.

L'attitude de Dubček face à la pression montante de Moscou était également révélatrice : il s'était rendu sur simple convocation à la réunion des « partis frères », à Dresde, en mars, ce qui en fait leur reconnaissait un droit d'ingérence dans la politique tchécoslovaque. Bien que confronté à une pression constante, Dubček minimisait le danger et, en tout cas, se refusait à envisager l'hypothèse d'un conflit entre le « socialisme à visage humain » et le communisme soviétique.

D'où un double langage : à destination de la société et à destination de Moscou. Jusque dans la nuit de l'invasion du 20 au 21 août, Dubček et les siens restèrent sagement dans l'immeuble du parti, en attendant... d'être arrêtés par les soldats soviétiques et emmenés prisonniers à Moscou, où ils signèrent la capitulation du « socialisme à visage humain ».

Après avoir inauguré une politique de concessions, de renoncements, de « normalisation » (le mot est de lui), Dubček fut évincé de la direction du parti par Gustáv Husák en avril 1969. Il fut envoyé comme ambassadeur à Ankara, jusqu'en juin 1970. Puis, victime des purges visant les protagonistes du Printemps de Prague, il travailla pendant près de vingt ans comme employé du ministère des Eaux et Forêts à Bratislava. Il fit un retour remarqué sur la scène politique pendant la « révolution de velours » à la fin de novembre 1989. De décembre 1989 à juin 1992, il fut président du Parlement fédéral, le second personnage de la République tchécoslovaque. Rallié au Parti social-démocrate, il était resté une des personnalités les plus populaires de Slovaquie (dont il aurait pu devenir le premier président en 1993...). Sa disparition, le 7 novembre 1992, précède de peu celle de l'État tchécoslovaque.

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  • : directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques

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Pour citer l’article

Jacques RUPNIK, « DUBČEK ALEXANDRE - (1921-1992) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alexandre-dubcek/