HUSÁK GUSTÁV (1913-1991)

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Né à Bratislava, Gustáv Husák adhère au mouvement communiste alors qu'il est étudiant. Pendant la guerre, il prend une part active au travail clandestin du parti. Il est l'un des organisateurs du soulèvement de la Slovaquie en 1944. Il est alors nommé membre du præsidium du comité central et vice-président du Parti communiste en Slovaquie. De 1946 à 1950, il préside le Conseil des commissaires (qui fait office de gouvernement régional) de Slovaquie. En 1949, il est élu membre du comité central tchécoslovaque et chef du bureau slovaque des affaires religieuses.

Leonid Brejnev et Gustav Husák, 1981

Photographie : Leonid Brejnev et Gustav Husák, 1981

Ici au côté de Leonid Brejnev, le président de la République tchécoslovaque Gustav Husák (1913-1991) restera fidèle à Moscou durant toute la durée de son mandat (de 1975 à 1989). À la suite de la tentative réformiste du Printemps de Prague, il avait remplacé Dubcek à la tête du... 

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En avril 1950, alors que les épurations frappent la Tchécoslovaquie, il est obligé de renoncer à ses fonctions gouvernementales et de présenter son autocritique devant le Congrès slovaque. Il se reconnaît coupable de déviation nationaliste bourgeoise. Cet aveu ne met pas fin à ses ennuis. En février 1951, il est exclu du parti. En août 1954, il est condamné à la prison à vie pour « nationalisme bourgeois ». Il refuse toutefois de s'humilier devant les juges. Les communistes antistaliniens apprécient alors sa fermeté de caractère. Libéré en 1960, réhabilité en 1963, il se consacre à des travaux historiques mais entend régler leur compte à ceux qui l'ont incarcéré et qui exercent encore le pouvoir. Il écrit son indignation au président Novotny et milite pour une démocratisation du régime ainsi que pour une reconnaissance des droits de la Slovaquie. Il a joué un rôle essentiel lors de la crise de décembre 1967-janvier 1968 qui provoque le départ de Novotny et l'élection de Dubček au poste de premier secrétaire. Lui-même sera nommé en avril 1968 vice-président du gouvernement Černik.

Cependant, il est l'un des premiers à s'inquiéter des conséquences du Printemps de Prague. Après l'intervention des pays du pacte de Varsovie, il se joint à la délégation qui se rend à Moscou. Mais il reste solidaire des hommes qui ont fait éclore le Printemps de Prague, et son élection à la tête du P.C. slovaque en remplacement de Bilak, un des hommes de Moscou, est accueillie comme la preuve, en dépit de l'occupation, de la poursuite de la démocratisation.

1968 dans le monde

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L'année 1968 s'ouvre avec l'offensive du Têt, déclenchée par les Nord-Vietnamiens. Dans les mois qui suivent, une vague de contestation déferle sur presque tous les pays, Mexique, États-Unis, Grande-Bretagne. En France, étudiants et policiers s'affrontent violemment de part et d'autre des... 

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Mais il se distingue très vite de ses compagnons. En froid réaliste, il estime que la Tchécoslovaquie sera obligée d'accepter les conditions du Kremlin et il prend des positions qui satisfont les dirigeants de l'U.R.S.S. Sous prétexte d'assurer une équitable répartition des postes entre les nationalités, il s'oppose à l'élection de Smrkovsky, bête noire des Soviétiques, à la présidence de l'Assemblée nationale. Il proclame aussi que le XIVe congrès du Parti communiste tchécoslovaque (P.C.T.), qui se réunit clandestinement en août 1968 et qui condamne l'invasion, n'est pas légal parce que des délégués slovaques n'ont pu y assister. Il presse ses collègues de hâter la « normalisation » sans tenir compte des sentiments de la population. Dès ce moment il aspirait à prendre la direction du parti. Le 17 avril 1969, il est élu premier secrétaire. Les dirigeants soviétiques attendent beaucoup d'un homme qui, par souci de réalisme, a fini par expliquer puis par justifier l'intervention des troupes du pacte de Varsovie. Les « libéraux » espèrent encore que Husák sauvera tout ce qui peut l'être des conquêtes de 1968 et qu'il poursuivra avec prudence la démocratisation. Mais Husák, isolé, se voit contraint de chasser les dirigeants et d'exclure les militants qui ont combattu pour « un socialisme à visage humain ». Il n'a guère auprès de lui que des partisans de la fidélité inconditionnelle à l'U.R.S.S. qui lui font reconnaître publiquement ce qu'il refusait de dire : les alliés sont intervenus « à la demande » des vrais communistes tchécoslovaques.

La normalisation, largement inspirée et contrôlée par l'U.R.S.S., s'est traduite par une épuration massive, à tous les niveaux et dans tous les secteurs de la société : parti, syndicats, entreprises, universités, mass médias, intellectuels, Églises. Bien que son but ait été atteint dès 1971, le processus en reste vivace dix ans après : la charte 77, mouvement pour les droits de l'homme dans l'esprit des accords d'Helsinki, est l'objet de tentatives d'étouffement puis de mises à l'index suscitées par le pouvoir, et dix de ses signataires sont condamnés en 1979 à des peines de prison allant jusqu'à cinq ans.

L'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev plonge le P.C.T. dans l'embarras. En 1987, Husák est remplacé « à sa demande » au poste de secrétaire général du parti par Milos Jakes, tout en gardant la fonction honorifique de président de la République (qu'il cumule depuis 1975 avec celle de chef du P.C.T.). En décembre 1989, pendant la « révolution de velours », il est contraint de démissionner de la présidence où il est remplacé par Václav Havel, puis il abandonne également le comité central. Retiré à Bratislava, il entreprend de rédiger ses mémoires et fait régulièrement l'objet d'interrogatoires concernant l'intervention soviétique de 1968.

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Leonid Brejnev et Gustav Husák, 1981

Leonid Brejnev et Gustav Husák, 1981
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Pour citer l’article

Bernard FÉRON, « HUSÁK GUSTÁV - (1913-1991) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gustav-husak/