ČERNÍK OLDŘICH (1921-1994)

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Fils de mineur de la région d'Ostrava, Oldřich Černík est ouvrier métallurgiste de 1937 à 1949. Il s'intègre alors dans l'appareil du Parti communiste — dont il est membre depuis 1945 — et dans celui de l'État de sa région, la Moravie du Nord ; à partir de 1954, il préside le conseil régional de celle-ci. Les remous politiques, économiques et sociaux de l'année 1956 le poussent en avant. Černik entre alors au secrétariat du comité central du parti, où il est chargé de l'Industrie. Cet homme nouveau ne consolide sa position qu'en 1958, quand il accède au comité central même. Il commence alors par correspondance des études d'ingénieur qu'il achève en 1964. En 1958-1959, leader avec Kolder du « groupe d'Ostrava », il prône tout naturellement une politique de décentralisation, de concert avec Novotny et Ota Šik. Malheureusement, le nouveau tournant antiyougoslave dans le mouvement communiste international redonne l'avantage aux gottwaldistes (staliniens) que sont Široky, Bacilek et Kohler. Ceux-ci reprennent du terrain à Novotny et remplacent le « révisionniste » Černik par un autre homme nouveau, Dubček (si Dubček est inconnu à Prague, il l'est beaucoup moins à Moscou).

Černik ayant affirmé ses talents d'organisateur de l'économie, on lui confie le ministère de l'Énergie et du Pétrole. En 1963, Novotny se débarrasse enfin de la « vieille garde » et Černik reprend son ascension, devenant en septembre vice-Premier ministre et président de la commission du Plan. En octobre 1964, il s'oppose avec Novotny au limogeage de Khrouchtchev et prépare en secret des mesures défensives en cas de sanctions économiques de la part de Brejnev. Centriste adroit, il ne s'attaque directement ni à l'hypercentralisation du plan ni au primat de l'industrie lourde avant juin 1966, lors du XIIIe congrès du parti. Élu alors au présidium, il comprend la nécessité d'en appeler à l'opinion publique pour faire cesser le sabotage de la réforme économique par les novotnystes, qui se sentent entraînés trop loin par les « technocrates ».

Lors des plénums du comité central d'octobre 1967 et de décembre 1967 à janvier 1968, Černik et Kolder soutiennent les revendications des Slovaques et des adversaires du cumul des fonctions, parvenant ainsi à bloquer le fonctionnement du présidium (cinq contre cinq). Černik le modéré est le candidat des libéraux contre Lenárt, successeur désigné de Novotny au premier secrétariat du parti. La « clé nationale » fait qu'il vaut mieux opposer à Lenárt un autre Slovaque. Černik s'efface donc au profit de Dubček.

Černik négocie le 21 mars à Moscou le remplacement de Novotný à la présidence de la République. Au plénum d'avril 1968, il se fait, avec Dubček et Kolder, l'arbitre entre les novotnystes et l'aile gauche. Celle-ci, soutenue par la commission Plan et Budget de l'Assemblée nationale, préférerait comme Premier ministre le populaire Ota Šik à un Černik trop prudent en matière économique. C'est cependant lui qui l'emporte le 8 avril, Ota Šik devenant son adjoint. Černik s'emploie à garder le contact avec la gauche libérale pour mieux la canaliser dans une voie acceptable pour les Soviétiques. Le 27 juin 1968, il dédramatise l'atmosphère en condamnant mollement le « Manifeste des deux mille mots », mais il refuse de prendre des sanctions contre ses auteurs. Lors de l'invasion du pays, le 21 août, il fait preuve d'un grand courage. Enlevé menottes aux poings en Union soviétique avec Dubček et la moitié du présidium, il ne se coupe pas toutefois des « réalistes » (Svoboda, Husák). Auréolé désormais d'un énorme prestige auprès de la population, il parvient à lui faire accepter le compromis léonin des accords de Moscou d'octobre 1968. Dès lors, son jeu de balance va jouer entre les partisans de la normalisation et le bloc constitué par les syndicats, les étudiants et la tendance Smrkovský-Kriegel. Il promet de poursuivre la réforme économique tout en freinant le développement des conseils d'entreprise et s'efforce d'empêcher un retour trop brutal à une politique de répression. Il insiste sur la gravité de la situation économique, refusant pour autant de s'en prendre aux syndicats ou aux jeunes (affaire Yan Palach) comme le fait Husák. Toutefois, il ne réussit ni à limiter la normalisation à la Slovaquie par le jeu de la fédéralisation, ni à organiser des élections législatives en se servant d'une interprétation restrictive des accords de Moscou.

1968 dans le monde

Vidéo : 1968 dans le monde

L'année 1968 s'ouvre avec l'offensive du Têt, déclenchée par les Nord-Vietnamiens. Dans les mois qui suivent, une vague de contestation déferle sur presque tous les pays, Mexique, États-Unis, Grande-Bretagne. En France, étudiants et policiers s'affrontent violemment de part et d'autre des... 

Crédits : Pathé

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Écrit par :

  • : docteur de troisième cycle, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, diplômé de l'École nationale des langues orientales, chargé de recherche au C.N.R.S., chargé de conférences à l'École pratique des hautes études

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  • Écrit par 
  • Marie-Elizabeth DUCREUX, 
  • Michel LARAN, 
  • Jacques RUPNIK
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Dans le chapitre « Le Printemps de Prague »  : […] Malgré une autocritique tardive et même des préparatifs de coup d'État militaire (préparé par les généraux Šejna et Rytiř) dans les derniers jours de l'année, Novotný sera démis de ses fonctions. D'abord, le 5 janvier Alexander Dubček est nommé à sa place premier secrétaire du parti, puis le 30 mars le général Ludvík Svoboda lui succède comme président de la République. Le 29 mai, Novotný est ex […] Lire la suite

Pour citer l’article

Vladimir Claude FISERA, « ČERNÍK OLDŘICH - (1921-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/oldrich-cernik/