L'analyse historique des variations sémantiques du terme « superstition » confirme le jugement de Renan, qui voyait là un mot d'une clarté superficielle : utilisé pour désigner des croyances et des pratiques religieuses irrationnelles, il se révèle être le plus souvent un concept polémique par lequel on condamne la religion de l'autre, voire toute religion. En montrant que les comportements magico-religieux sont toujours empreints d'une certaine rationalité et répondent à des exigences sociales ou psychologiques, les sciences humaines ont profondément modifié la notion même de superstition, dont le champ s'est trouvé singulièrement réduit : une approche phénoménologique pourra limiter la superstition à une attitude psychique spécifique, celle d'un sujet qui, en proie au sentiment d'une menace diffuse et transcendante, adhère à des croyances et des pratiques qu'il sait objectivement sans fondement et sans valeur.


