3. Vers une phénoménologie de la superstition
Le caractère profondément polémique du concept de superstition tel que le saisit la recherche historique paraît devoir rendre vain tout essai de cerner de manière objective son essence, puisque la superstition n'aurait précisément pas d'essence propre : si elle est bien la religion de l'autre, toute forme de religiosité peut être appréhendée comme superstitieuse, et inversement. De même, vouloir faire de la superstition l'aspect irrationnel de la religion, c'est du même coup l'identifier à la dimension fondamentale de cette dernière, à moins de distinguer entre un irrationnel « rationnel » – en ce sens que, sans résulter de l'exercice de la droite raison, il serait susceptible d'être rationnellement pensé (la raison pouvant, en le prenant pour objet de la connaissance, l'analyser et rendre compte de ses causes et de son fonctionnement) – et un irrationnel « supra-rationnel », qui serait radicalement étranger et inaccessible à la raison. La superstition relèverait du premier genre d'irrationnel, la religion du second. C'est d'une certaine manière ce qu'a fait Bergson, dans Les Deux Sources de la morale et de la religion, en distinguant entre la « religion statique » – définie comme « une réaction défensive de la nature contre le pouvoir dissolvant de l'intelligence » et chargée de « combler, chez des êtres doués de réflexion, un déficit éventuel de l'attachement à la vie » – et la « religion dynamique », qui est « une prise de contact, et par conséquent une coïncidence partielle, avec l'effort créateur que manifeste la vie », effort qui « est de Dieu, si ce n'est Dieu lui-même ». La superstition, selon Bergson, correspond donc à la seule religion statique, à la religion socialisée et instituée.
En voyant dans toute religion une illusion, l'approche psychanalytique rend également caduque une opposition de nature entre religion et superstition : comme la religion, la superstition est une croyance dans la motivation de laquelle la ré […]
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