3. Le retour à l'histoire
Il est désormais admis qu'il n'y a pas eu, dans les années d'immédiat après-guerre, de règlement total et définitif de la question des œuvres spoliées. C'est donc à l'examen des faits mis à l'épreuve du droit qu'il convient de se référer. Mais, pour que le droit soit dit, il doit s'appuyer sur une relation des faits qui rende compte non seulement des exactions et des persécutions commises par les nazis et des brèches délictueuses que leurs agissements ouvrirent dans le marché de l'art, mais aussi des difficultés des entreprises de récupération et de restitution, du climat social et politique, et des sensibilités qui prévalurent après guerre tant parmi les victimes de spoliations que parmi les survivants.
Les processus et les dispositifs d'appropriation, de mise en coupe réglée du patrimoine artistique présent sur le sol français ne relèvent ni de « la bonne aubaine », ni d'une exploitation des circonstances nées de la victoire du Reich ; ils résultent d'une intention, non seulement longuement mûrie et préparée, mais constitutive et fondatrice de l'expansionnisme nazi, qui classe les spoliations au nombre des buts de guerre de l'Allemagne. Le fondement de cette politique, c'est l'antisémitisme exterminateur d'Hitler. Ses conséquences, c'est l'espèce de blanc seing que les spoliations nazies donneront à tous les trafiquants. C'est la mise en œuvre de cette politique qui rend possible le projet de collection qu'Hitler rêvait d'installer dans son musée de Linz ainsi que les entreprises prédatrices des dignitaires nazis, les transferts massifs d'œuvres en Allemagne et, enfin, le formidable développement du marché de l'art parisien, qui n'était d'ailleurs pas limité au commerce d'œuvres spoliées.
En 1947, dans la préface à un recueil de documents nazis sur la question, Jean Cassou, directeur du Musée national d'art moderne, avait parfaitement discerné comment la haine pour les Juifs et la haine pour les œuvres, principalement celles des artistes modern […]
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