Le dossier du destin des œuvres d'art pendant l'Occupation a été rouvert publiquement à la fin de l'année 1995. La publication de l'enquête du journaliste Hector Feliciano Le Musée disparu et la traduction en français de la somme de l'historienne américaine Lynn H. Nicholas Le Pillage de l'Europe ont, d'entrée de jeu, alimenté le débat de nombreuses controverses.
En France, depuis les années 1970, le film Le Chagrin et la pitié (1971) puis les révélations apportées par la traduction de l'ouvrage de Robert Paxton La France de Vichy (1972) ont focalisé l'examen de cette période de l'histoire sur la responsabilité d'institutions nationales impliquées dans la collaboration avec les nazis. Il est pourtant très vite apparu que l'administration la plus exposée alors sur ce terrain, la Direction des musées nationaux, avait réellement joué le rôle de « bouclier » (que d'aucuns, dans les années 1960, avaient cru pouvoir attribuer à l'État vichyste tout entier, thèse désormais bien abandonnée). En organisant le transfert, la protection et la mise à l'abri des collections publiques et d'un grand nombre de collections particulières, dans des châteaux privés difficilement repérables et accessibles (la crainte, alors, n'était ni les pillages ni les spoliations, mais les bombardements), puis en compliquant la tâche de l'occupant quand il chercha à les réquisitionner, ce secteur de l'État avait, spontanément, adopté une attitude « résistante » face aux exigences nazies. Après la Libération, des dizaines de milliers d'œuvres retrouvées en Allemagne sont revenues en France et ont pu, pour l'essentiel, être restituées. Les Musées nationaux œuvrèrent alors afin que des pièces importantes non restituables dans un premier temps, parce qu'elles étaient d'origine douteuse, ou imprécise, ou encore parce que planait sur elles une présomption de spoliation, soient écartées des ventes qu'organisait l'administration des Domaines légitimement désireuse de procurer des liquidités à un État exsangue […]
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