L'expression « art dégénéré » doit sa fortune à l'exposition Entartete Kunst que les nazis organisèrent en 1937 à Munich. La dégénérescence n'est pas la décadence. Cette dernière notion implique dans une visée spenglerienne un affaiblissement des cultures, analogue au vieillissement auquel sont voués les corps, mais non une dénaturation. La dégénérescence, l'Entartung, terme emprunté à la biologie, suppose qu'un objet a perdu certains de ses traits distinctifs au point qu'il cesse d'appartenir à son genre, à son espèce d'origine. Ainsi, selon l'idéologie nazie, du Juif qui n'appartient plus à l'espèce humaine. Ainsi de l'œuvre qui, faute de satisfaire à des critères de savoir-faire, de favoriser la cohésion de la communauté allemande et de répondre à une conception dogmatique de la mimêsis, échappe à la sphère de l'art. On connaît le sort que le régime hitlérien réserva aux livres et aux hommes « impurs ». Le sort des œuvres d'art est plus mal connu ; on n'a pu établir avec certitude qu'un bûcher ait été allumé en 1939 pour détruire des œuvres d'art. Mais il est notoire que, sans croire à la valeur intrinsèque de ces œuvres, les nazis surent mettre à profit leu […]
