7. Le marché de l'art ou le libre jeu de l'offre et de la demande
À cette face noire du marché correspondait une face grise ou, plutôt, vert-de-gris : celle des milliers d'achats réalisés « régulièrement », en galeries ou en ventes publiques, aux prix très élevés du marché, par des musées ou des collectionneurs allemands, ou par les agents des dignitaires nazis. Ils constituent le gros des œuvres aujourd'hui inventoriées en M.N.R. et, avec celles issues de la M-Aktion qui n'ont pu être restituées, l'essentiel des 13 000 lots vendus par l'administration des Domaines en 1949-1951. Au nombre de ces achats, on trouve, par exemple, des bronzes de Despiau fondus par Rudier sur commande du musée de Francfort ; comme des « dégénérés » (selon les canons nazis), Max Ernst ou Torrès-Garcia par exemple, vendus, par une galerie de la rive gauche, sur son stock antérieur à la guerre. Notons au passage, pour souligner la complexité des situations, que l'acheteur, en l'occurrence un industriel allemand, était par ailleurs le protecteur d'artistes du Bauhaus pourchassés.
Toutes ces transactions, en vertu d'une déclaration inter-Alliés de Londres de 1943, seront déclarées nulles, et les œuvres correspondantes, retrouvées en Allemagne à partir de 1945, reviendront en France. Les Allemands fréquentaient également Drouot : quatre peintures italiennes des xviie et xviiie siècles vendues aux enchères par Me Maurice Rheims, en avril 1941, à des agents de Goering, dans la liquidation, selon le droit commun, de la succession d'un collectionneur juif italien, furent naturellement classées en M.N.R. après leur retour d'Allemagne. Le fruit de la vente avait permis de rembourser les créanciers de ce collectionneur. Les œuvres ont été récemment restituées à ses héritiers par un arrêt de la cour d'appel de Paris (arrêt du 2 juin 1999) qui a considéré comme spoliatrices les quatre adjudications, étant donné les circonstances exceptionnelles dans lesquelles le statut des Juifs plaçait les enfants du collectionneur.
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