4. Intellect et volonté
La réflexion philosophique ne joue pas cependant le seul rôle d'une préparation naturelle à la foi (importante dans la mesure où Scot sépare soigneusement le « su » du « cru » et attache une importance primordiale à la vocation propre de l'intellect), ni même celui d'un simple auxiliaire utile à l'exposition systématique des vérités révélées requises pour le salut. En fait, même dans des perspectives laïcisées, le scotisme appartient à l'histoire de la pensée humaine de plusieurs manières, encore que le Docteur subtil n'ait traité qu'en passant (mais de façon souvent perspicace) des questions touchant le savoir scientifique ou la morale sociale, selon les exigences particulières de tel commentaire d'Aristote ou du Lombard. Il serait difficile ici d'insister sur sa doctrine des universaux, mais il faut souligner l'importance que joue chez lui l'activité constitutive de l'esprit. Que ce soit directement (intention première) ou indirectement (intention seconde), l'intellect vise toujours un étant ou les relations formelles de cet étant, par une « négociation » qui, par exemple, saisit d'un seul mouvement des réalités successives ou, par-delà l'indifférence foncière de l'être univoque à ses modalités, le considère, soit dans sa singularité unique (que les successeurs de Scot qualifieront d'« haeccéité »), soit dans sa forme spécifique ou générique. À cet effet, il n'a besoin d'aucune « illumination » de type augustinien ; mais (sauf dans le cas du miracle où Dieu se substitue à la chose), il n'agit, à titre de cause principale, que « synergiquement » avec ce que nous appellerions en langage moderne la présence objective du connu, et qui est ici une cause subordonnée ; car l'esprit est supérieur en dignité, sinon toujours à la chose elle-même, du moins à ce qu'il sait de cette chose. Ainsi la théorie scotiste de l'induction, tout en faisant une place remarquable à l'expérience (d'autant plus nécessaire que la liberté divine nous interdit une déduction […]
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