5. Éthique, sociologie et politique
On s'est parfois mépris sur la morale scotiste en confondant certaines thèses du Docteur subtil avec les paradoxes « dialectiques » que les ockhamistes, un peu plus tard, fonderont sur la même distinction entre ce qui appartient à la « puissance absolue » de Dieu et ce qui relève seulement de sa « puissance ordonnée ». Ni pour Duns Scot ni pour Ockham, la liberté du Tout-Puissant n'implique assurément que ses décisions puissent contrevenir au principe de non-contradiction et que, par exemple, il nie sa propre essence en voulant le mal, ni davantage qu'ayant prescrit un vrai bien il le déclare ensuite expressément mauvais. Mais Ockham écrira que, pour nous, les choses prescrites ne sont bonnes que parce qu'elles sont commandées ; la formule de Scot est exactement inverse. Les nominalistes déclareront que, dans une autre économie, également bonne puisque voulue par Dieu, il n'eût pas été impossible que l'homme fût tenu d'adorer un âne (tout comme Descartes, sur un tout autre terrain, celui des structures mathématiques, affirmera que Dieu aurait pu créer d'autres « idées éternelles »). Pour Scot, les deux premiers commandements du Décalogue (soumission au Dieu unique et interdiction de profaner son nom) répondent à des exigences absolues du « droit naturel » entendu stricto sensu, et le troisième (fixation du sabbat) l'est au moins en ceci qu'il prescrit un culte régulier (le jour de ce culte variant toutefois de l'Ancienne à la Nouvelle Loi). Les sept autres commandements (ou « deuxième Table »), n'ayant pour objet que des relations entre créatures contingentes, auraient pu prendre d'autres formes et n'ont pas le même caractère rigoureusement « indispensable ». Encore que cette doctrine soit traditionnelle (on la trouve en termes très voisins dans le De praecepto et dispensatione de saint Bernard), elle diffère sensiblement de celle de saint Thomas qui, plus proche ici du stoïcisme, réfère toute l'« intention du Législateur » au même et unique « droit naturel », né […]
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