Hugo von Hofmannsthal avait le sentiment très fort d'être l'héritier d'une tradition viennoise, et donc européenne, puisque la capitale des Habsbourg avait été le point de rencontre entre les cultures allemande, espagnole, italienne et restait une capitale de la culture centre-européenne. La première partie de son existence et son œuvre consista en un effort de synthèse, de renouvellement et de dépassement de la position d'épigone qui était incompatible avec les exigences de modernité inspirées par les grands modèles français et anglais de l'époque 1900. Ce fut le « problème de lord Chandos » : comment régénérer le langage poétique et insuffler une nouvelle vie aux mots de la tribu ? Car Hofmannsthal ne voulait pas suivre la voie de Stefan George, qui aurait pu le conduire à l'ésotérisme et le couper la société. À partir de la Première Guerre mondiale, cette recherche d'une « modernité classique » deviendra dominante. Hofmannsthal travaillera désormais à la défense et illustration d'une littérature capable de sauvegarder son rôle traditionnel de transmission culturelle, d'animation d'une sociabilité dont le théâtre et l'opéra donnent le modèle, et de fondement de « l'espace spirituel de la nation ».
Fils d'un administrateur de banque, Hugo von Hofmannsthal appartenait à la bourgeoisie aisée de Vienne. Avec Gertrud Schlesinger, qu'il épousa en 1901, il s'installe à Rodaun, à vingt minutes de tramway de Vienne, dans une élégante maison construite à l'époque de Marie-Thérèse par un prince viennois pour sa maîtresse, tout en conservant un pied-à-terre au centre de Vienne, dans la Stallburggasse. Il ne devait connaître des difficultés matérielles que dans les années 1920, quand la grande inflation eut anéanti la fortune familiale. La part juive de sa généalogie remontait à Isaac Löw Hofmann, originaire de Prague, installé à Vienne en 1792, puis anobli par Ferdinand Ier avec le titre héréditaire de « von Hofmannsthal » en récompense de ses activités philanthropiques. Le fi […]
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