L'œuvre considérable du romancier et dramaturge viennois Arthur Schnitzler, moraliste lucide qui fut aussi l'auteur d'un des journaux personnels les plus importants du xxe siècle, analyse non sans pessimisme la dégradation des valeurs individuelles et culturelles. La crise du sujet qu'il représente dans ses fictions et dans ses drames rencontre en bien des points la pensée de Freud, qui lui écrivait : « J'ai eu l'impression que vous saviez intuitivement – ou plutôt par suite d'une auto-observation subtile – tout ce que j'ai découvert à l'aide d'un travail laborieux pratiqué sur autrui. »
Fils d'un médecin renommé professeur à l'université de Vienne, Arthur Schnitzler était issu de la bonne bourgeoisie juive et avait fréquenté, comme son cadet Hugo von Hofmannsthal, le prestigieux lycée classique Akademisches Gymnasium, avant de commencer des études de médecine qui devaient le conduire jusqu'au doctorat, obtenu en mai 1885, et aux fonctions de médecin assistant à l'hôpital général et à la polyclinique de Vienne à partir de septembre 1885.
1. Un romancier du rêve
Ayant travaillé dans le service du psychiatre Theodor Meynert, familier des techniques psychothérapeutiques de l'hypnose et de la suggestion, parsemant ses œuvres d'études de cas qui semblent sorties des annales de la clinique, Schnitzler a souvent été considéré comme le « double » de Sigmund Freud. C'est le fondateur de la psychanalyse en personne qui rendait ainsi hommage à l'écrivain en saluant en lui son Doppelgänger.
Dans sa lettre à Arthur Schnitzler du 14 mai 1922, écrite à l'occasion du soixantième anniversaire de l'écrivain, on trouve la formule : « Pourquoi, en vérité, durant toutes ces années, n'ai-je jamais cherché à vous fréquenter et à avoir avec vous une conversation ? [...] Je pense que je vous ai évité par une sorte de crainte de rencontrer mon double. » Les membres du cercle de Freud s'intéressèrent très tôt à Arthur Schnitzler. Theodor Reik, Hanns Sachs et Alfred von Winterstein lui consacrèrent des travaux. L'ouvrage de […]
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