Pendant plus de trente ans, Hermann Bahr occupa une position dominante sur la scène culturelle autrichienne. Issu de la bourgeoisie libérale de province, il fut d'abord un étudiant turbulent, expulsé de l'université pour ses activités politiques extrémistes. En effet, il passa en quelques années du marxisme au pangermanisme antisémite et au socialisme naissant. Un voyage à Paris, la découverte de Huysmans et de Barrès détournèrent son fanatisme de la politique vers la littérature et le domaine culturel en général. De retour à Vienne, Bahr commença une brillante carrière de journaliste. Servi par un tempérament extraverti, frondeur et polémique, il crut pendant trois décennies apporter la bonne parole aux Viennois. Il fit connaître la littérature étrangère, déclara le naturalisme dépassé et prôna l'art symboliste et décadent. Il encouragea les Hofmannsthal et Schnitzler à leurs débuts et se fit passer pendant longtemps pour le fondateur et le père spirituel de la jeune littérature autrichienne. Il se passionna aussi pour la Sécession de Gustav Klimt et de Joseph Olbrich, et s'en détourna vite pour chanter les vertus de la province qu'il avait combattues peu avant au nom du cosmopolitisme. Max Reinhardt le fit travailler quelques mois à ses côtés à Berlin comme metteur en scène et dramaturge, mais sans grand succès. En 1918, il occupa brièvement la direction du Burgtheater de Vienne et favorisa un retour au baroque et au théâtre classique.
Successivement marxiste, pangermaniste, antisémite, républicain, athée et monarchiste, Bahr salua la guerre de 1914-1918 comme une épreuve purificatrice et humanisante pour se stabiliser finalement dans un catholicisme autoritaire qui préfigure le clérico-fascisme autrichien d'après 1934. Ces changements perpétuels lui valurent la solide et durable inimitié de Karl Kraus.
L'œuvre de Hermann Bahr comprend 120 volumes, dont 40 pièces de théâtre, 10 romans, 51 volumes d'essais, 4 volumes de critiques de théâtre et 7 volumes de journaux intimes. Une seule pièce, Le Conc […]
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