Né à Vienne, fils d'avocat, Richard Beer-Hofmann fait des études de droit sans pourtant ressentir pour elles une attirance particulière. En 1938, il quittera l'Autriche parce que juif et mourra à New York, en exil. Son œuvre, si elle est peu abondante, n'a pourtant pas vieilli.
En 1893, un recueil de nouvelles, L'Enfant (Das Kind), passe inaperçu, ou presque. Pourtant, Hofmannsthal, Schnitzler et Bahr, qui ont encouragé Beer-Hofmann dès le départ, devinent en lui le poète capable d'exprimer la nostalgie et l'angoisse dont souffre l'Autriche-Hongrie d'avant-guerre. Un tout petit poème, « Berceuse pour Myriam » (« Schlaflied für Mirjam », 1897), va venir justifier de la confiance témoignée. En regardant sa fille dormir, le poète réfléchit à la condition humaine, solitude essentielle dans un monde pourtant riche en beauté. Tandis que l'enfant ignore encore la différence entre la mort et le soleil, symbole de vie, l'adulte se sent poussé par un destin aveugle : « Nous ne sommes tous que rives. »
Le thème de cette plainte revient sous une forme plus élaborée dans la pièce La Mort de Georges (Der Tod Georgs, 1897, publiée en 1900), monol […]
