3. La collaboration avec Richard Strauss
Le 30 octobre 1903, au Kleines Theater de Berlin, fut créée Elektra, une tragédie de Sophocle adaptée par Hofmannsthal, dans une mise en scène de Max Reinhardt. Lecteur des Études sur l'hystérie de Josef Breuer et Sigmund Freud, Hofmannsthal avait su éviter l'académisme néo-classique en modernisant la psychologie des personnages : Électre était présentée comme une grande hystérique. Le décor orientalisant, les costumes aux couleurs violettes, dorées, pourpres, les éclairages nocturnes faisaient de l'affrontement entre Clytemnestre, la mère indigne, et sa fille parricide un spectacle saisissant. Richard Strauss, qui avait choisi en 1905 la Salomé d'Oscar Wilde comme livret d'opéra, fut séduit par Elektra : la première de l'opéra eut lieu à Dresde, le 25 janvier 1909, inaugurant une période de collaboration intense entre le compositeur et Hofmannsthal, que son instinct très sûr d'auteur de théâtre prédisposait à devenir un grand auteur de livrets d'opéra, digne successeur de Lorenzo Da Ponte.
Dans le cycle des tragédies grecques adaptées par Hofmannsthal, Œdipe et la Sphinge (1905) mérite une mention particulière. Cette pièce, qui suit de très près une « tragédie wagnérienne » de Joséphin Peladan, privilégie les événements qui précèdent Œdipe roi de Sophocle : Œdipe, meurtrier de Laïos, délivrant Thèbes, épousant Jocaste. Hofmannsthal tire parti de L'Interprétation des rêves de Freud, publiée à la fin de 1899, et projette la lecture freudienne sur son personnage. De ce fait, Œdipe et la Sphinge, qui n'est pas une réussite littéraire comparable à Elektra, apparaît comme un des premiers exemples de l'interaction entre littérature et psychanalyse.
Le Chevalier à la rose, dont Hofmannsthal écrit le livret en 1909 et 1910 en étroite collaboration avec Richard Strauss (leur correspondance montre que le compositeur avait des vues très précises sur le livret et savait les faire prévaloir), et dont la première eut lieu à Dresde le 26 janvier 1911, fut un triomphe. Max Reinhardt était l'auteur de la mise en scène et Alfred Roller, l'artiste viennois dont Gustav Mahler avait naguère reconn […]
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