Le rôle et l'influence de Stefan George restent très discutés en Allemagne. Les uns voient en lui le grand restaurateur du lyrisme, l'esthète au-dessus de la mêlée ; les autres un poète ésotérique et réactionnaire, se complaisant dans la grandiloquence et le formalisme (ainsi Brecht en 1928 : « Le vide des poèmes de George ne me dérangerait pas ; mais j'en trouve la forme trop prétentieuse »), et annonçant même l'idéologie hitlérienne.
Stefan George est né à Büdesheim, en Rhénanie. Il voyage en Europe et fréquente les milieux du symbolisme français. Traducteur de Baudelaire, de Mallarmé et de Rimbaud, également de D'Annunzio, mais affirmant son génie original dans son rapport même aux maîtres qu'il traduit, il a mis un terme à la poésie sentimentale allemande. Hofmannsthal a bien décrit l'impression neuve faite par George sur ses auditeurs :
Son regard fascine, la chevelure et le front sont étranges. / De ses paroles, sobres et dites à voix basse / Naît un étrange pouvoir de séduction. / L'espace vide, il le fait tournoyer de manière angoissante, / Et il peut tuer sans toucher.
Ses premiers Hymnes (publiés à Berlin en 1890) étaient pleins d'une grandiose solennité, d'allégories recherchées. À partir de 1892, en publiant les Feuilles pour l'art (Blätter für Kunst), il entreprit une œuvre qui ne se proposait pas seulement d'informer un public, mais de former une nouvelle élite intellectuelle. Le poète se faisait guide et prophète. Le « maître » rhénan, qui haïssait la raideur prussienne, comme la servilité, la sensiblerie et les fanfaronnades wilhelminiennes, rassemblait ses disciples, tel un nouveau Zarathoustra. Le cycle poétique intitulé Algabal (1892), consacré à la mémoire de Louis II de Bavière, l'admirateur de Wagner, parut dans la nouvelle revue. Algabal symbolise le souverain antique : sombre et brillant, à la fois dieu et grand prêtre, surhomme couvert de saphirs pour lequel tous les esclaves sont prêts à mourir. Dans ce poème, George célèbre le culte de la beauté satanique à la manière de Hu […]
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