4. « Finis Austriae »
La Première Guerre mondiale, qui préparait la fin de cette culture européenne de la Belle Époque à laquelle Hofmannsthal s'était identifié, obligea un écrivain resté longtemps « apolitique » à sortir de sa tour d'ivoire. L'année 1917 marque chez Hofmannsthal le point culminant de ses efforts de « politique culturelle » (tournées de conférences, articles, programmes éditoriaux) au service de « L'idée autrichienne », pour reprendre le titre d'un article qu'il publie, en français, le 15 novembre 1917 dans La Revue d'Autriche, une revue du « groupe de propagande » du « quartier de presse de guerre ». Affirmant que l'Autriche, profondément différente de l'Allemagne prussienne, est la base indispensable de l'Europe centrale danubienne, la synthèse de l'Est et de l'Ouest, de la tradition romaine, méridionale, et de la civilisation germanique, Hofmannsthal donne dans ces textes des années de guerre sa version personnelle du « mythe habsbourgeois », que Claudio Magris a magistralement étudié : c'est au moment où la monarchie habsbourgeoise disparaît de la carte européenne que les intellectuels autrichiens la parent de toutes les vertus...
« Avec l'effondrement de l'Autriche, j'ai perdu le terreau dans lequel j'étais enraciné », écrira Hofmannsthal en 1928 à l'historien et homme politique Josef Redlich. La comédie de caractère L'Homme difficile, commencée en 1917, achevée en 1920, dont la première eut lieu à Munich le 8 novembre 1821 et que l'on peut considérer comme un chef-d'œuvre du théâtre de tradition moliéresque, fait revivre lord Chandos en la personne du « misanthrope », le comte Hans Karl Bühl, qui a frôlé la mort sur les champs de bataille de la Grande Guerre et qui hésite à parler devant la Chambre des pairs (une institution de l'ancienne Autriche, abolie par la Première République !). Le scepticisme linguistique de l'esthète de 1902 a fait place au désespoir de l'humaniste qui ne croit plus à la force des mots, ni des textes, pour redresser le cours erratique de […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



