Le hasard, que le calcul des probabilités a permis de maîtriser partiellement, apparaît d'abord comme un caractère fondamental de l'existence. Dans la mesure où l'incertitude enveloppe l'idée de risque, on a tenté de la réduire, dans le domaine philosophique, en cherchant à lui assigner une origine, et, sur le plan pratique et affectif, en inventant des rites et des mythes qui tempèrent l'inquiétude engendrée par les aléas.
Le hasard désigne d'abord l'imprévisibilité de la vie, ce que les philosophes ont appelé la contingence du futur. Celle-ci a été imputée à trois sources : la nature, les hommes, les dieux (ou Dieu). On peut d'abord imaginer que les hasards de la vie résultent de la variabilité des phénomènes de la nature. On a aussi soutenu que les hommes engendrent eux-mêmes les hasards dont témoigne leur histoire, soit qu'ils agissent en étant poussés par des passions qu'ils ignorent ou ne contrôlent pas, soit qu'ils restent libres et par là partiellement indéterminés à l'égard des conditions qui leur sont faites. Ces deux interprétations du hasard qui placent sa source en l'homme sont tout à fait différentes ; la première est psychologique, la seconde morale.
Enfin, mythes et religions associent les incertitudes de la destinée humaine à des interventions surnaturelles. Il est impossible d'énumérer les formes que prend cette imputation du hasard à un ou à plusieurs êtres transcendants, mais elle est présente dans bien des croyances humaines.
Les méditations religieuses, morales, juridiques et philosophiques sur la contingence ont constitué un immense effort spéculatif qui a précédé et, dans une certaine mesure, préparé la conceptualisation moderne du hasard.
1. La fonction réductrice des rites et des maximes
L'expérience révèle que, si le danger exalte parfois, l'incertitude peut produire un sentiment d'insécurité, et même d'inquiétude ou d'angoisse. Cette peur suscite le désir de connaître la nature des risques qu'il faut affronter ; elle engendre également des rites et des mythes qui réduisent, sino […]
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