En décidant, en 1905, de consacrer un numéro spécial à l'examen des idées de Cournot, le comité de rédaction de la Revue de métaphysique et de morale entendait appeler l'attention du « public philosophique » sur des travaux « que trop généralement il ignore ». Non sans paradoxe, en effet, la grande diversité autant que le caractère inclassable d'une œuvre où les recherches mathématiques, les analyses économiques et les considérations spécifiquement philosophiques se trouvent étroitement liées expliquent, mieux que la défaveur longtemps attachée au probabilisme, la relative discrétion des références faites aux ouvrages qui la constituent, à l'exception, toutefois, des Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses. La publication des Œuvres complètes de Cournot, d'une part, et celle des Études pour le centenaire de sa mort, d'autre part, marquent cependant une étape importante dans la connaissance d'un auteur qui occupe, en raison notamment de son analyse de l'aléatoire fondée sur une conception moderne du hasard (cette scientia probabilitatis méconnue par Comte), une place éminente dans l'histoire des idées.
1. La place fondatrice des mathématiques dans l'œuvre de Cournot
En saluant en Cournot le père de l'économie mathématique, Walras, dès 1873, a certes assuré à l'auteur des Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses une assez grande notoriété en économie politique, mais il a contribué à dissocier les études économiques entreprises par Cournot de la philosophie mathématique qui les sous-tend. Si intéressante, en effet, et si importante que soit, notamment dans la perspective des théories de l'équilibre économique de Walras et de Pareto, l'analyse cournotienne du monopole, de la concurrence indéfinie ou de la communication des marchés, analyse préalable à la construction des modèles mathématiques d'interaction, on ne peut en saisir l'originalité qu'à la condition de la rapporter à une nouvelle conception des mathématiques issue d'influences sur lesquel […]
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