3. Le hasard est-il objectif ou subjectif ?
Si l'accord est réalisé entre les mathématiciens au sujet du calcul des probabilités, il n'en va pas de même de l'interprétation du hasard : est-il une propriété des relations entre les choses ou de notre relation avec les choses ? Mesure-t-il des aléas et des fréquences observables dans la nature ou l'état de notre savoir et de nos croyances à l'égard des événements ou des phénomènes ? Bref, est-il « dans » les choses ou « dans » les jugements humains sur les choses ? Ces questions ont fait l'objet de nombreuses controverses. Pour les démêler, il faut distinguer deux notions, tout à fait indépendantes, mais que leur dénomination conduit à confondre : le hasard, au sens de la probabilité mathématique a priori, qui relève des mathématiques abstraites et constitue un chapitre de la théorie de la mesure ; et le hasard, entendu au sens empirique, qui désigne des aléas de la nature ou la vraisemblance d'hypothèses ou d'arguments. Le hasard, dans le premier cas, n'est sûrement pas « dans » les choses, il est même par définition indépendant d'elles. Dans le second cas, l'usage de la notion devient à la fois empirique et équivoque. Dans les jeux de hasard, les aléas sont déterminés, on peut leur appliquer les notions abstraites d'équivalence et d'indépendance des coups successifs, etc. En jugeant qu'il est « certain » que telle roue de loterie est loyale, ou que tel dé n'est pas pipé, on affirme qu'il reflète, sur une longue série, la loi a priori des grands nombres et ainsi, on en vient à égaler la probabilité à une fréquence relative. En effet, l'interprétation objective ou fréquentielle du hasard mathématisé consiste ici à déclarer que tel dispositif matériel (loterie, dés, pièce de monnaie) est un bon modèle concret, quand on l'utilise dans certaines conditions, de la loi a priori des grands nombres. De cette façon on infère, inductivement, que P ≃ fréquence relative. Cette manière de faire est tout à fait légitime, à condition de […]
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