La philosophie fut particulièrement en honneur dans les universités allemandes du xviiie siècle : de Wolff à Kant et à la grande génération de l'idéalisme, illustrée dans la dernière décennie du siècle par Reinhold, Fichte et Schelling. À côté de cette Schulphilosophie (W. Wundt) prospérait la réflexion d'hommes de lettres, d'artistes ou de théologiens pour lesquels la philosophie constituait moins une « profession » ou un domaine de recherche et d'enseignement académiques qu'un moyen de répondre à de vives et incoercibles exigences. Friedrich Heinrich Jacobi appartient, comme Herder, Hamman et Goethe, à ce groupe de penseurs. Il parvint à unir de manière originale les orientations de la philosophie des Lumières et celles du Sturm und Drang : au premier courant se rattachait son refus de toute spéculation métaphysique inattentive à la vie morale de l'homme ; du second, il retenait le souci d'éprouver la vie même dans sa plénitude et s'opposait à tout effort pour la réduire à des schémas rationnels. Mais, si ce goût pour une philosophie de la vie le porta à se rapprocher d'une certaine littérature d'inspiration religieuse, notamment du piétisme, largement répandu alors, Jacobi dut se livrer en contrepartie à une minutieuse analyse des doctrines qui lui semblaient dénaturer cette vie, en bouleverser les principes, en édulcorer le sens. Aussi, tout en demeurant, comme on l'a dit, un « écrivain d'occasion », s'employa-t-il, au fur et à mesure de sa critique du spinozisme, du criticisme kantien, de la théorie de la science de Fichte, de la philosophie de l'identité de Schelling, à montrer comment ces systèmes représentent les étapes successives d'un mouvement de progressive évacuation de la réalité. Par là, son œuvre apparaît comme un prisme à travers lequel se trouvent décomposées et analysées, et ainsi rendues plus compréhensibles, les constructions systématiques même les plus complexes, que toujours elle ramène à leurs conséquences directes pour l'homme. Jacobi est de la sorte un guide irremplaçable p […]
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