3. Les contradictions de Kant
En réalité, cette polémique dépassa de loin la question de savoir si Lessing avait été spinoziste ou non : elle entraîna une renaissance spinoziste qui influa profondément sur la culture allemande de la fin du xviiie siècle ainsi que sur la formation même de la mentalité romantique et de la philosophie idéaliste. Quant à Jacobi lui-même, l'énergie avec laquelle il prit position le fit accuser de fidéisme, d'irrationalisme et même de cryptocatholicisme. Aussi se crut-il obligé de contre-attaquer dans un dialogue intitulé David Hume über den Glauben, oder Idealismus und Realismus (David Hume et la foi, ou l'Idéalisme et le réalisme). Cet ouvrage, publié à Breslau en 1787 et réédité dans le deuxième volume des œuvres complètes, réfutait également la philosophie kantienne qui, à la suite de la parution de la Critique de la raison pure (Kritik der reinen Vernunft, 1781), commençait précisément à avoir beaucoup de succès en Allemagne. Dans un appendice à son David Hume, sous le titre Über den transzendentalen Idealismus, Jacobi rédigea, en effet, quelques pages qui sont demeurées un modèle de tout un type de critiques antikantiennes. Il y reproche à la philosophie de Kant une incohérence intrinsèque qui fait qu'en admettant ses principes on ne peut accepter ses conclusions, et vice versa. En d'autres termes, cette pensée est jugée contradictoire et insoutenable : d'un côté, elle tend à enfermer toute connaissance dans la sphère des opérations du sujet ; de l'autre, elle attribue à celles-ci une valeur objective et nécessaire. Aussi, selon Jacobi, la philosophie kantienne, pour être cohérente, ne peut-elle qu'en venir à un « égoïsme spéculatif », c'est-à-dire à une complète négation de tout rapport avec une réalité vraiment objective.
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