4. Fichte et le spinozisme renversé
Aux yeux de Jacobi qui, depuis 1794, à la suite de l'invasion française, avait quitté Pempelfort pour le nord de l'Allemagne et séjournait principalement à Eutin, les développements de la philosophie kantienne dans la dernière décennie du siècle et surtout ceux de la théorie de la science de Fichte apportèrent la confirmation la plus précise et la plus surprenante de l'exactitude de son interprétation. En effet, avec la doctrine fichtéenne se trouvait affirmé d'une manière plus cohérente tout ce que Kant avait découvert, à savoir que la science consiste dans l'autoproduction de son objet ; et cette théorie, selon Jacobi, marquait le point terminal de l'évolution de la philosophie spéculative dont Spinoza avait donné une esquisse si radicale et qui consiste dans la recherche et la production d'une unité absolue, la seule différence entre Spinoza et Fichte consistant en ce que le premier était resté un « matérialiste spéculatif » tandis que, pour le second, le matérialisme se trouvait transfiguré en un idéalisme qui n'était ainsi qu'un « spinozisme renversé ». La théorie de la science est, en effet, une sorte de mathesis pura dans laquelle la conscience a une fonction analogue à celle de l'espace mathématique, en ce qu'elle est le principe de toutes ses productions. Avec cette interprétation, qui est principalement développée dans la lettre à Fichte de 1799, Jacobi voudrait venir en aide à Fichte, alors attelé à son Atheismusstreit (La Querelle de l'athéisme), en montrant que la théorie de la science, en tant que construction purement formelle, n'est ni théiste ni athée, mais qu'elle devient athée dès qu'elle méconnaît son propre rôle et qu'elle s'attribue celui de démontrer et de comprendre Dieu.
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