5. L'issue nihiliste de Schelling
Le ton de la polémique de Jacobi avec Schelling fut très âpre, même si, à l'origine, les rapports personnels des deux hommes avaient été assez cordiaux. En 1805, Jacobi avait accepté une invitation à s'installer à Munich pour réorganiser l'Académie des sciences dont il avait été nommé président. En cette qualité, dès 1806, il eut l'occasion de rencontrer Schelling ; il débattit même avec lui le texte du discours inaugural qu'il se préparait à prononcer devant l'Académie : Les Sociétés savantes, leur esprit et leur but (Über gelehrte Gesellschaften, ihren Geist und Zweck, 1807). Mais, bien vite, les désaccords philosophiques entre les deux hommes trouvèrent leur expression publique avec l'écrit de Jacobi qui s'intitulait Von den göttlichen Dingen und ihrer Offenbarung (Des choses divines et de leur révélation, Leipzig, 1811) et auquel Schelling riposta par un pamphlet sarcastique : Denkmal der Schrift von den göttlichen Dingen und ihrer Offenbarung (Épitaphe pour l'écrit sur les choses divines et leur révélation, 1812). Selon Jacobi, Schelling, en affirmant l'identité absolue de la nécessité et de la liberté et en réduisant tout à la nature, poussait jusqu'à ses ultimes conséquences la philosophie critique et en révélait avec évidence le caractère nihiliste, ce dont la lettre à Fichte avait déjà signalé le danger. Reprenant même des arguments utilisés dans un écrit antérieur, Über eine Weissagung Lichtenbergs (Sur une prophétie de Lichtenberg, 1801), Jacobi soutenait qu'en s'en remettant uniquement à la philosophie spéculative on ne pouvait que nier, avec Dieu et la liberté, la réalité même de la nature, car on réduisait ainsi toutes choses à un chaos originel, à un principe inconditionné qui est précisément l'inconditionné tel que l'envisage l'intellect, c'est-à-dire un néant absolu dont tout découlerait nécessairement. Cependant, en rappelant que le criticisme conduit à une vision absurde et désespérante de la réalité (comme l'avaient […]
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