En principe, le fantastique dans la nature, dans les arts plastiques, dans la littérature devrait sinon être identique à lui-même, du moins relever de critères immédiatement identifiables, qui permettraient de le circonscrire avec évidence. Il n'en est rien. En premier lieu, « fantastique naturel » peut sembler une sorte de contradiction dans les termes, puisque fantastique signifie violation d'une régularité immuable. Une telle régularité fondamentale, hors de portée de toute manipulation ou plutôt que l'industrie humaine ne saurait altérer qu'en lui obéissant, est bien la seule définition qu'on puisse proposer de la nature, si bien que le concept de fantastique naturel ne paraît pas résister à l'examen. Cependant, on entend couramment parler d'un paysage fantastique ou même d'un animal fantastique, qui n'est pas obligatoirement un animal fabuleux ou mythologique. C'est que le site ou la bête présentent une apparence qui semble alors défier le jeu normal des lois naturelles.
Entre les arts plastiques (arts de l'espace : peinture, gravure, écriture, architecture...) et les arts discursifs (ou de la durée : littérature, danse...), quand il s'agit d'y définir les différentes manifestations du genre fantastique, il n'est pas aisé d'établir des correspondances. Les arts plastiques sont des arts de l'instantané, où tout est donné à voir simultanément, tandis que les récits impliquent une succession d'événements qui s'enchaînent d'une manière prévisible ou inattendue, mais qui, en tout cas, supposent une attente, un parcours conduisant à un dénouement. Dans un cas, la donnée fantastique est présente au départ, dans l'autre, elle interrompt ou conclut une suite de péripéties. Il s'ensuit que les deux techniques ne peuvent coïncider, même si parfois elles se correspondent : entre l'une et l'autre, sinon des analogies, du moins des convergences se font jour.
Le merveilleux, tel qu'il apparaît dans Les Mille et Une nuits, dans les contes de Grimm ou de Perrault, dans les créati […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 29 pages…



