C'est un truisme d'affirmer que la question de l'ethnie est au cœur de l'anthropologie et qu'elle est constitutive de sa démarche. Pourtant, il est aisé de constater que cet objet d'investigation n'a pas suscité, jusqu'à une période récente, un enthousiasme exagéré de la part de la majorité des anthropologues. On a, en effet, le sentiment, en parcourant la littérature, que le traitement du problème de l'ethnie est considéré par les chercheurs de terrain comme une corvée dont il faut se débarrasser au plus vite pour aborder les « vrais » domaines : ceux de la parenté, de l'économie et du symbolisme, par exemple. Alors que la définition de l'ethnie étudiée devrait constituer l'interrogation épistémologique fondamentale de toute étude monographique et qu'en un sens tous les autres aspects devraient en découler, on s'aperçoit qu'il existe souvent un hiatus entre un chapitre liminaire, qui, pour peu qu'on s'y attarde, montre le flou relatif de l'objet, et le reste de l'ouvrage, où les considérations sur l'organisation parentale et la structure religieuse font preuve de la plus belle assurance.
Ce relatif oubli ou ce désintérêt de la part des anthropologues est sans doute à rapprocher de l'histoire même de la discipline et des différentes tendances qui l'ont traversée. Il est, en effet, de plus en plus évident que l'anthropologie s'est formée sur la base du rejet de l'histoire et que ce rejet s'est maintenu depuis lors.
1. Préhistoire de la notion
L'idée selon laquelle il existe une hiérarchie entre des sociétés occupant des positions voisines dans l'espace n'est pas nouvelle. Les Grecs opposaient ainsi les ethnè (sing. ethnos) et la polis (cité). Les sociétés qui relevaient de leur culture mais auxquelles « manquait » l'organisation en cités-États étaient des ethnè. Le terme est souvent traduit par « tribu » (en allemand, Stamm), ou par « État tribal ». Selon V. Ehrenberg, il est « vraisemblable [que l'ethnos] est beaucoup plus proche de la société primitive ». L'ethnologie prise au pi […]
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