4. Paradigmes ethniques et conversions identitaires
Si l'on accepte l'idée selon laquelle il existe une continuité dans le tissu qui unit les différentes sociétés d'un ensemble donné, chacune d'entre elles étant conçue comme le point ultime de tout un réseau de rapports de forces, on est conduit à admettre l'existence de « chaînes de sociétés » à l'intérieur desquelles les acteurs sociaux se meuvent. Ces derniers, en fonction de la place qu'ils occupent dans les différents systèmes sociaux, sont à même de circonscrire dans la langue une série d'éléments signifiants ou de « sèmes » qui, par une série de transformations successives, donneront naissance à un « paradigme ethnique ».
On est ainsi confronté aux problèmes de l'« attribution » et de l'« identification ethnique » tels que les a bien analysés Barth : un acteur social, en fonction du contexte où il se trouve, opérera à l'intérieur du corpus catégoriel mis à sa disposition par la langue un choix d'identification. Celui-ci pourra lui-même changer et l'on aboutira ainsi à des tableaux de transformation et de conjugaison. L'existence de tels corpus catégoriels et les conversions identitaires qu'ils permettent sont l'indice le plus probant de l'existence de ces « chaînes de sociétés » et le signe que les stratégies sociales se produisaient à l'échelle de vastes régions. Plutôt que d'envisager les frontières ethniques comme des limites géographiques, il faut les considérer comme des barrières sémantiques ou des systèmes de classement, c'est-à-dire, en définitive, comme des catégories sociales.
L'ethnie apparaît ainsi comme étant une construction identitaire élaborée par une population donnée et cela en parfaite continuité avec des notions voisines comme celles de race, de clan ou de lignage, dont on trouve des équivalents dans les langues des sociétés exotiques. Ces constructions identitaires permettent le regroupement d'agents sous la fiction d'une appartenance ou d'une descendance communes. Ainsi, les patronymes, les no […]
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