Longtemps considérée comme un havre de paix et de stabilité en Afrique de l'Ouest, la Côte d'Ivoire est entrée, à la fin des années 1990, dans un cycle de violence marqué par la multiplication des coups d'État, des mouvements de rébellion et la radicalisation des débats politiques autour des enjeux de l'ivoirité et de la citoyenneté. Couvrant 322 000 kilomètres carrés, et peuplée d'environ 18 millions d'habitants (2005), cette ancienne colonie française était le « poumon économique » de la sous-région et la vitrine des relations franco-africaines qui s'étaient nouées, dès avant l'indépendance proclamée le 7 août 1960, par une collaboration étroite entre les élites françaises et Félix Houphouët-Boigny, alors ministre de la IVe République. Ayant fait le choix de rester dans le giron français, contre l'option de la rupture anticoloniale et panafricaniste promue par ses voisins ghanéen Kwame Nkrumah et guinéen Ahmed Sékou Touré, le président Houphouët-Boigny bâtit la prospérité et la stabilité de la Côte d'Ivoire en s'appuyant, en particulier, sur l'économie de plantation (café, cacao) héritée de la mise en valeur coloniale, sur l'utilisation de la main-d'œuvre immigrée et sur de savantes alliances politiques qui se firent en partie au détriment des « autochtones ». Depuis les années 1980 et surtout 1990, sous l'effet de l'effondrement de l'économie de rente et des rivalités pour la succession du Père de la nation, ce système est entré en crise, ouvrant la voie à une mobilisation ultranationaliste, porteuse de nombreux conflits.
1. Géographie et économie
Le territoire ivoirien se prête à des représentations variées. À l'échelle ouest-africaine, il apparaît comme un résumé de ce que sont les milieux des pays qui bordent le golfe de Guinée et qui, en un gradient sud-nord assez net, passent des influences climatiques équatoriales à celles des tropiques. Il apparaît aussi comme un exemple type de pays qui a connu au cours de son histoire un retournement de centralité, favorisant, à partir des incu […]
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