Située à l'extrême nord de l'Éthiopie moderne, frontalière avec le Soudan, l'Érythrée borde la mer Rouge. D'une certaine manière, une bonne part de son histoire reste liée à cette situation géographique qui en fit, au xixe siècle, une zone contestée entre l'Empire ottoman et l'Abyssinie, entre l'Islam et la chrétienté orthodoxe, entre une civilisation côtière et des populations réticentes aux contacts avec le monde extérieur.
Mais si l'Érythrée bénéficie aujourd'hui d'une attention particulière de la communauté internationale malgré sa petite superficie (117 400 km2) et une population inférieure à cinq millions d'âmes, c'est parce que cette contestation s'est poursuivie au cours d'une grande partie du xxe siècle, pour se conclure d'une manière qui rompt avec le conservatisme régnant au sortir de la Seconde Guerre mondiale : ne plus remettre en cause les frontières existantes et geler autant que faire se pouvait la création de nouvelles entités. Cette position est sans surprise entérinée en 1964 par la jeune Organisation de l'union africaine (O.U.A., devenue en 2000 Union africaine), sur la proposition de l'empereur éthiopien : à part la Somalie, aucun État ne proteste alors.
Il aura fallu trente ans de lutte armée (1961-1991) aux nationalistes érythréens pour faire valoir leur thèse et obtenir, en 1993, une reconnaissance formelle de l'Érythrée sur la scène internationale. Néanmoins, la satisfaction de cette aspiration ouvre une nouvelle période dominée par d'autres questionnements moins originaux mais tout aussi importants. Quel type d'État et de régime peut émerger de cette longue marche vers la reconnaissance internationale ? Quelles seront ses relations avec l'Éthiopie voisine qui a dû remiser ses prétentions, avec le Soudan qui, pendant des décennies, a accueilli ses réfugiés, deux pays d'une toute autre importance géopolitique ? Après avoir été une zone clé dans cette région entre les deux guerres mondiales, quel ordre régional peut se dessiner au terme de la guerre froide et quelle y sera la place de l'Érythrée ?
Les réponses à ces questi […]
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