2. Histoire
• La constitution de l'Érythrée
L'entrée de l'Italie dans le club des puissances coloniales à la fin du xixe siècle, s'explique en partie par la lutte d'influence que mènent à cette époque les deux grandes puissances impérialistes européennes, la France et la Grande-Bretagne. L'Érythrée devient une colonie italienne en 1890, mais les desseins de Rome évoluent pendant l'occupation : colonie de peuplement pour réduire l'acuité de la crise agraire du sud de l'Italie, puis source de matières premières, ensuite réservoir d'askaris (soldats coloniaux) pour constituer la force militaire nécessaire aux conquêtes en Libye et en Somalie, enfin base arrière, à partir de 1927, pour préparer l'invasion de l'Éthiopie en 1935.
La population de l'Érythrée est évaluée, au moment de l'indépendance, à 2,5 millions d'habitants, auxquels s'ajoute une diaspora de près de 1 million de personnes dont environ 500 000 réfugiées au Soudan voisin. Elle peut paraître divisée en deux grands blocs. Sur les plateaux habite une immense majorité de chrétiens qui se consacrent à l'agriculture traditionnelle ; dans les plaines vit une population musulmane largement pastorale, si l'on excepte les quelques grandes agglomérations comme Massawa sur la côte et Keren ou Aqordat dans l'ouest du pays. Il existe en outre de multiples interactions entre ces deux ensembles depuis des siècles. Il faut souligner aussi la multiplicité des influences, de la culture arabe sur la côte, qui a été en contact dès le xve siècle avec l'Empire ottoman, de l'Église orthodoxe éthiopienne sur le plateau et marginalement du catholicisme ou du protestantisme, des confréries soudanaises à l'ouest.
Ces différences jouent un rôle cardinal dans l'histoire du nationalisme érythréen et dans la guerre civile en aiguisant souvent les divisions ethniques ou régionales. Pourtant, une lecture qui en resterait à ce niveau n'expliquerait pas pourquoi la guerre a été possible durant une si longue période sans produire un éclatement de cette société depuis l'effondrement de la domination éthiopienne.
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