Le mérite de la philosophie de Cassirer est de tenir compte de toutes les données si disparates de l'anthropologie et des sciences sociales pour les organiser, en respectant leurs différences propres, dans un système de connaissances aussi vaste, aussi actuel et aussi précis que le furent au xviiie siècle celui de Kant et au xixe siècle celui de Hegel. Symbolique généralisée, le système de Cassirer et particulièrement ses études sur le langage sont aussi à l'origine des théories les plus modernes de l'herméneutique et des divers structuralismes.
1. Les grands moments d'une pensée
Né à Breslau, fils de commerçants israélites, Ernst Cassirer s'inscrit à l'université de Berlin comme étudiant en droit, puis aux universités de Leipzig et de Heidelberg. Il revient à Berlin, en 1894, pour suivre les cours de Georg Simmel sur la philosophie de Kant. Pour comprendre la philosophie critique, il s'adonne aux mathématiques, à la physique et à la biologie. À Marburg en 1896, il suit l'enseignement du néo-criticiste Hermann Cohen. Il soutient sa thèse de doctorat, La Critique cartésienne de la connaissance mathématique et des sciences de la nature, en 1899. En 1901, on le trouve à Munich, puis il réintègre Berlin, en 1905, où il publie les deux premiers volumes du Problème de la connaissance dans la philosophie et la science du temps présent (1906-1907). Nommé Privatdozent à Berlin en 1909, il donne en 1910 un nouvel ouvrage d'épistémologie : Le Concept de substance et le concept de fonction, puis, en 1916, une étude sur la philosophie de l'histoire et du droit en Allemagne : Liberté et Forme. C'est alors qu'il entrevoit l'étroitesse des interprétations néo-criticistes du kantisme. Il publie coup sur coup des études sur Hölderlin (1917), sur Kant, sur Goethe (1918), sur Kleist (1919), ainsi que le troisième volume de Problème de la connaissance (1920) et une étude sur la relativité einsteinienne (1921). Il est nommé en 1919 professeur à l'université de Hambourg. Avec la publication de Goethe et Platon et du Concept de f […]
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