Dessinateur et peintre, George Grosz a marqué de sa vision acerbe la représentation de l'Allemagne à la fin de la Première Guerre mondiale et durant la République de Weimar. La critique sociale passe chez lui par le recours à des procédés formels tels que la caricature ou le collage. Autant de moyens pour créer un nouveau « vérisme », capable de répondre à la violence de la société, là où les représentations conventionnelles font défaut.
1. Les années de crise
Né en 1893 à Berlin, sous l'identité de Georg Ehrenfried Gross, d'un père aubergiste qui meurt alors qu'il a six ans, il passe son enfance d'abord dans les quartiers pauvres de la capitale allemande, puis à Stolp, bourgade de Poméranie orientale, aujourd'hui polonaise, où sa mère gère un mess d'officiers. C'est sous la fascination du mythe de l'Amérique et en protestation contre le chauvinisme qu'en septembre 1916 il anglicise son prénom et modifie son nom. Une décision prise en commun avec son ami Helmut Herzfeld, transformé, lui, en John Heartfield (1891-1968). Il deviendra le maître du photomontage. Cette « américanophilie », Grosz a prétendu l'avoir acquise en lisant les romans de James Fenimore Cooper, les histoires d'Indiens de l'Allemand Karl May et les bandes dessinées qui célébraient les exploits de Nick Carter. En vérité, son univers a été nourri par toute l'imagerie populaire de l'époque.
Rétif à l'éducation à la prussienne, conduite à « coups de canne de jonc sur l'arrière-train », Grosz se rebelle tôt contre les conventions. Un jour de 1908, giflé par un de ses professeurs, il lui rend la pareille et se voit aussitôt renvoyé du collège de Stolp. L'adolescent persuade sa mère de l'autoriser à passer le concours d'entrée à l'école des Beaux-Arts de Dresde, où il est reçu.
De 1909 à 1911, il n'eût pas été surprenant qu'il fît connaissance, à Dresde, des peintres un peu plus âgés que lui qui tentaient de percer : Ernst Ludwig Kirchner et ses compagnons du groupe Die Brücke (Le Pont). Mais, studieux, bien qu'excédé par le cons […]
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