L'intervention de l'État dans le domaine de l'architecture ne constitue pas un phénomène nouveau. De tout temps et sous tous les régimes, l'État est intervenu dans la mesure où toute réalisation architecturale met en cause les intérêts de couches de population bien plus larges que celles qui sont directement concernées par la construction d'un édifice. C'est l'objet de cette intervention et les formes qu'elle a prises au cours du xxe siècle dans un certain nombre de pays qui semblent marqués d'une spécificité nouvelle.
Généralement, l'État contrôlait essentiellement les aspects utilitaires, réglementaires et sanitaires de l'architecture. Ce champ d'intervention s'est particulièrement développé au cours du xixe siècle, conséquence de la croissance urbaine qui, elle-même, résultait de la révolution industrielle, croissance urbaine qui se poursuit et s'amplifie au xxe siècle. Mais au xxe siècle, dans un certain nombre de pays, l'État interviendra dans l'architecture édilitaire. Enfin, certains États utiliseront la capacité qu'a l'architecture d'émouvoir et de suggérer pour agir sur l'idéologie.
Sans doute ne s'agit-il pas là d'un phénomène totalement nouveau. À d'autres époques, l'État avait déjà eu recours à ces procédés. Les rois de France et leurs architectes, qui édifièrent Versailles, avaient, de toute évidence, des préoccupations qui dépassaient largement le domaine de l'habitat royal et celui du fonctionnement de ses institutions. Tout comme celle de Versailles, l'architecture de Saint-Pétersbourg relevait des règles du discours, et l'on pourrait multiplier les exemples des réalisations qui, depuis l'Antiquité jusqu'aux temps modernes, ont été ainsi chargées de témoigner de la grandeur de leurs promoteurs.
Pourtant, dans ce domaine, quelque chose de nouveau apparaît au xxe siècle. À la suite de bouleversements politiques plus ou moins profonds, de défaites militaires ou de véritables révolutions politiques et sociales, des États d'un type nouveau voient le jour. Ma […]
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