Avec l'écrasement des tentatives révolutionnaires qui visaient à transformer radicalement les structures de la société impériale de Guillaume II, en 1918-1919, s'effondrent en Allemagne les aspirations humanistes sur lesquelles s'articulait le mouvement appelé « expressionniste ». Malgré les troubles politiques et l'inflation qui durent jusqu'en 1923, les corps administratifs de la nouvelle République allemande sont mis en place dès le vote de sa Constitution par les députés, convoqués dans la salle du théâtre de Weimar le 31 juillet 1919. Dans la désillusion, les velléités d'élaborer un « Homme nouveau » qui étaient inhérentes à l'expressionnisme, deviennent alors caduques. Une autre époque s'ouvre où le pragmatisme est appelé à se substituer aux rêveries idéalistes pour affronter le désastre social et moral consécutif à la défaite.
Dans Der Sturm, la revue qu'il dirige à Berlin depuis 1910 et qui s'est affirmée comme le porte-drapeau de l'expressionnisme, Herwarth Walden ne manque pas de fustiger cette ère de stabilité restaurée. Il la considère, en art, après les feux d'artifice du dadaïsme, comme aboutissant à un néo-classicisme, un néo-naturalisme, un « photographisme » sans innovation esthétique.
1. Un nouveau naturalisme ?
Historien d'art en charge des collections du musée municipal de Mannheim, Gustav Friedrich Hartlaub va jouer un rôle clé dans la reconnaissance publique de la nouvelle peinture figurative en Allemagne. En 1922, Paul Westheim, dans la revue dont il est le rédacteur en chef, Das Kunstblatt, lance une enquête auprès d'écrivains, d'artistes, de critiques, en posant la question de savoir si le mouvement artistique n'est pas en train de s'engager vers un « nouveau naturalisme ». Sollicité, Hartlaub prend position sans mâcher ses mots. Il estime que la récente avant-garde allemande est tombée dans une impasse. Pour programme, elle proposait le rejet du monde extérieur au profit de la projection du Moi. Or cette « religieuse volonté de rénovation » que portait […]
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