3. La mondialisation de l'art
Si l'on se tourne maintenant du côté de ce qui est rassemblé sous la catégorie d'art contemporain, on voit effectivement les conséquences considérables de la dé-différenciation engendrée par l'abandon des critères « modernes » de la nouveauté.
Dans une exposition dite d'art contemporain, on trouve aujourd'hui aussi bien des peintures reprenant des manières d'opérer anciennes, figuratives ou abstraites, que des travaux d'art conceptuel, des ready-mades postduchampiens, des performances, des simulations (ironiques ou non) de travaux antérieurs, des installations cinétiques plus ou moins renouvelées par les technologies informatiques, des photographies et des vidéos, etc. L'art contemporain se montre en ce sens foncièrement tolérant et œcuménique : il accepte la coexistence d'objets et de démarches hétérogènes. En paraphrasant ce que disait le philosophe postmoderne des sciences Paul Feyerabend, on peut avancer qu'on se trouve en présence d'un anarchisme esthétique reconnaissant que tout peut aller (« anything goes »). Essayons de voir ce que recouvre cette profusion.
Avant de s'attacher à la nature des œuvres, il faut voir dans quelles conditions elles apparaissent.
La mondialisation de la scène de l'art est la première chose à retenir. Même s'il reste des capitales financières de l'art contemporain (New York, Paris, Bâle), celui-ci est présent sur tous les continents, y compris l'Afrique qui fut seulement pendant longtemps le continent des arts primitifs. Les innombrables biennales qui se sont maintenues et développées (Venise, São Paulo) ou qui s'ajoutent régulièrement à la liste (Shanghai, Istanbul, Kwangju, Pusan, Taipeh, Lyon...), les foires d'art contemporain qui se tiennent un peu partout sont les lieux d'existence de l'art contemporain au sens non seulement d'exposition au public mais, plus profondément, de production. Cet art est réalisé pour ces lieux multiples et ces occasions spectaculaires. Ce qui en fait un art en grande partie volatile […]
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