4. L'art en quête de sens ?
Si on prend maintenant du recul pour analyser cette situation, deux dernières questions se posent. L'une porte sur le contenu de cet art contemporain ; l'autre sur son avenir.
L'abandon de la logique du développement formel, même si celle-ci était en réalité surtout une fiction pieuse, ou bien qui transformait le modernisme en académisme, replace l'art contemporain face au contenu et à la signification. En dépit de leur diversité, les moyens d'expression des artistes sont aujourd'hui très fortement marqués par la prééminence de la technologie. Mais cela ne change rien au fait que le médium, désormais, compte moins que le message. Plus rien en fait ne nous étonne en matière de médium : des industries comme celles du cinéma, des jeux vidéo, du logiciel informatique ou de la recherche militaire sont bien en avance sur ce qui se fait en art pour des raisons financières aisément compréhensibles. Malgré l'ampleur des budgets investis, l'artiste multimédia Matthew Barney, pour ses films, ou le performer Stelarc, pour ses prothèses computérisées, ne peuvent rivaliser avec les productions de l'industrie militaire de la vision assistée ou de la biorobotique. Quand le médium devient si banal et si transparent, c'est le contenu, la signification qui passent au premier plan – ce qu'on appelait autrefois le sens. À cet égard, il est facile de repérer un ensemble de thèmes qui hantent l'art contemporain et que reprennent peu ou prou tous les artistes : le corps, l'exhibition de l'intimité, la transformation technique du corps, la beauté de l'artifice, la communication – et la non-communication, voire l'incommunication –, l'exploitation et la misère humaine, le mélange des images, la surveillance et la normalisation, les circulations et le désordre urbain, la pollution, les déchets et leur recyclage, etc. N'importe quelle biennale expose de manière obsédante ces thèmes.
On pourrait se féliciter d'un tel retour du sens, souvent d'ailleurs émouvant, dans l'art. […]
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