2. Reconstruire autrement
Comment fallait-il en effet reconstruire les centaines de lieux de culte, partiellement ou entièrement détruits pendant la Première Guerre mondiale ? L'architecte Paul Noulin-Lespès exprimait en 1919, dans les colonnes de la revue Le Béton armé fondée par Hennebique, une opinion commune à la majorité de ses confrères : « [...] de nombreux problèmes peuvent se poser à cette occasion, et notamment ceux concernant le choix du style, le plan de l'édifice, le mode de construction et la nature des matériaux. Il nous a paru que, dans l'impossibilité de refaire les églises telles qu'elles étaient avant la guerre, on devait songer à s'inspirer à la fois des grandes leçons d'art du passé et à utiliser des procédés de construction modernes plus rapides, moins coûteux, plus souples que ceux de nos devanciers, et peut-être mieux adaptés à la destination actuelle de ces monuments religieux. » Ainsi l'emploi du béton armé s'imposerait comme une évidence – le recours exclusif au métal par Claude Robbe en 1939 pour l'église Sainte-Barbe de Crusnes-Cité (Meurthe-et-Moselle) doit, en dépit de son intérêt, être considéré comme un événement marginal.
Il restait cependant à définir les conditions de mise en œuvre d'un matériau jugé dépourvu de noblesse, et pour certains (Gaston Bardet, par exemple) fondamentalement antireligieux. Le parement de briques sera certes un excellent succédané à la pierre de taille ; son faible coût et les motifs décoratifs qu'il autorise – Dom Bellot, moine architecte, fut un maître en la matière – sont des atouts qui favoriseront son emploi quasi systématique.
Mais les églises reconstruites dans les régions dévastées ne témoignent pas toutes, loin s'en faut, de cette recherche d'une nouvelle alliance entre les matériaux : habitants et architectes demeurent profondément attachés à la pierre ; dans l'Aisne par exemple, Édouard Monestès à Ciry-Salsogne, Charles Halley à Nanteuil-la-Fosse, Georges Grange et Louis Bourquin à Mont-Notre-Dame lui redonnent sa primeur d'antan, ce qui n'empêche pas le premier, pour les clochers de Quessy et de Tergnier, de faire un usage apparent du béton. Ce matériau est encore utilisé pour la sculpture des clochers, à Martigny-Courpierre (Albert-Paul Müller), à la suite des expériences menées en Île-de-France par Julien Barbier (Bécon-les-Bruyères et Paris) et Paul Tournon (Villemomble et Élisabethville), avec les sculpteurs Gabriel Dufrasne et Carlo Sarabezolles.
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