L'architecture religieuse moderne souffre, en France, d'un profond discrédit. Il semble que les fidèles ne se reconnaissent plus guère dans les églises construites à leur intention ; la période médiévale leur apparaît comme un âge d'or et, pour les architectes, elle fait figure de référence permanente. La progressive déchristianisation du pays est-elle seule à l'origine de ce moment de doute sans précédent ? Il semble plutôt que la notion de modernité ait eu à affronter, à travers le programme de l'architecture religieuse, un double obstacle ; la rupture opérée avec le xixe siècle se situe en effet, dans ce domaine, à deux niveaux principaux. L'emploi du béton armé, qui s'impose dès les années 1920 comme principal matériau de construction, suscite un débat sur l'essence du lieu de culte en même temps qu'il provoque un véritable front du refus de la part des fidèles, de certains architectes et d'une partie du clergé. En outre, les possibilités illimitées de la construction en béton armé, ajoutées à une évolution sensible des mentalités, ont contribué à renouveler une réflexion sur la forme de l'église et, partant, sur la liturgie qu'elle accueille.
Le poids démographique fut tel que jamais le besoin d'églises n'avait été aussi fort qu'au xxe siècle ; parallèlement, jamais l'art d'église n'eut autant de difficultés à se faire accepter. Faut-il alors parler de crise de l'architecture religieuse ? Nombreux sont ceux qui, architectes ou critiques, se sont émus de la pauvreté artistique des nouvelles églises ; certains parmi eux ont d'ailleurs milité pour un renouveau radical de l'art sacré, postulant que la qualité de l'œuvre ne dépend pas nécessairement des croyances de son auteur. Le bilan qualitatif des quelques milliers de lieux de culte – essentiellement catholiques – construits en France au xxe siècle n'est certes pas, comparé à celui d'autres pays européens, des plus spectaculaires. Et pourtant, dans ce que certains jugent comme un concert de médiocrité, nombreux sont les projets et réalisations qui témoignent de la constante vitalité de l'art sacré en France.
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