MONTAND YVES (1921-1991)

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Plus que les artistes, les foules aiment les interprètes et les désignent comme les vengeurs de leurs misères petites ou grandes. Yves Montand fut un de ces intercesseurs et sut mêler dans son image de chanteur, de comédien et d'artiste engagé les traits contradictoires mais immuables d'un des personnages types de la mythologie française : « grande gueule » mais chic type, séducteur mais non pervers, plein d'idées sans être intellectuel, aristocrate et populaire mais ni snob ni vulgaire.

« Trois Petites Notes de musique »

Ivo Livi naît le 13 octobre 1921 à Monsummano Alto (aujourd’hui Monsummano Terme), en Toscane. Alors qu'il a deux ans, son père, ouvrier communiste, quitte l'Italie fasciste et émigre en France. Il habite alors les quartiers pauvres de Marseille, quitte l'école à onze ans et fait tous les métiers : livreur, emballeur, employé dans une fabrique de pâtes alimentaires, garçon coiffeur... Son entrée dans le music-hall date de ses dix-sept ans : deux salles marseillaises, dont le célèbre Alcazar, l'inscrivent à leur programme, et la chanson Dans les plaines du Far West lui assure, en même temps que ses imitations de Charles Trenet, une notoriété au moins régionale. La guerre interrompt momentanément cette carrière naissante, mais dès 1941 et jusqu'en 1944 il se produit à nouveau dans le Midi de la France. S'ouvre alors pour lui le succès des salles parisiennes : l'ABC, Bobino, les Folies-Belleville et le Moulin-Rouge, où il rencontre Édith Piaf. Piaf n'est pas seulement sa maîtresse passionnée : elle se charge surtout d'un rôle très efficace de Pygmalion féminin qui lui enseigne les ficelles du métier et l'aide à mettre en valeur ce qui lui vient de la tradition de la chanson française comme du jazz ou des musiques populaires d'outre-Atlantique. C'est elle aussi qui est sa partenaire dans Étoile sans lumière (de Marcel Blistène, 1946), le premier film où se produit Montand. Après la rupture avec Piaf, il fréquente la « bande à Prévert », par l'intermédiaire du musicien Henri Crolla, et le groupe Octobre. Il fait, en 1949 à Saint-Paul-de-Vence, la connaissance de Simone Signoret, qu'il épouse en 1951, après que celle-ci a divorcé d'avec le metteur en scène Marc Allégret.

Chanson et cinéma sont désormais les deux volets inséparables de la carrière d'Yves Montand. L'échec des Portes de la nuit (Marcel Carné, 1946) et le peu d'éclat d'autres films correspondent à une époque médiocre qui prend fin avec l'année 1953. Henri-Georges Clouzot lui confie alors le rôle d'un aventurier dans Le Salaire de la peur. La compagnie de Charles Vanel et de la nitroglycérine, la présence du camion et le foulard d'apache artistement mal noué au-dessus d'un torse en sueur moulé dans un maillot de corps de travailleur de force : le mélange était assez intelligemment composé pour passer au rang de portrait mythique dans la galerie du cinéma français. Image qui venait en contrepoint de celle que Montand imposa à la scène à partir de 1945, de l'ensemble pantalon et chemise à col ouvert uniformément noir, à la canne et au chapeau claque de l'artiste à l'américaine. En 1953, en effet, le Tout-Paris vient applaudir Montand au music-hall de l'Étoile et fait un triomphe à ses interprétations de Prévert, Mireille, Jean Nohain, Francis Lemarque... Beaucoup fredonnent encore Chanson de Bilbao, La Chansonnette, Mon pot' le gitan, Sanguine, Syracuse, Trois Petites Notes de musique, La Bicyclette...

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Michel P. SCHMITT, « MONTAND YVES - (1921-1991) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/yves-montand/