VIX TOMBE DE

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Résidences princières, tombes princières

L'évolution des découvertes et des réflexions a fait apparaître des préoccupations et des interrogations successives, chacune dissimulant momentanément les précédentes, sans les faire disparaître. Les perspectives s'élargirent d'abord grâce à la recherche allemande, à la suite de la fouille du site de la Heuneburg, sur le haut Danube. Elle conduisit à la définition de quelques sites fortifiés de hauteur comme « résidences princières » avec, dans leurs environs plus ou moins immédiats, des tombes également qualifiées de « princières », dont la tombe de Vix était le seul exemple intact, jusqu'à la découverte de celle de Hochdorf, près de Ludwigsburg, rattachée au site princier d'Asperg. Il est admis aujourd'hui que la tombe de Hochdorf, vers 540 ou 530, est antérieure à celle de Vix, qui date de 500 ou peu après. Il y a un char dans les deux tombes, mais le mobilier n'est pas le même. À Hochdorf, où le seul objet grec est un chaudron de bronze orné de lions couchés, le service déposé est celui d'un repas où neuf personnes mangent de la viande en même temps qu'elles boivent de l'hydromel, boisson dont on a recueilli des restes dans le chaudron ; elles le boivent dans des cornes qui contrastent avec les deux coupes attiques de Vix. À Vix, nous avons le service à boire méditerranéen, autour du cratère, qui est le vase caractéristique du banquet grec et étrusque : lors du symposium grec, on boit, sans qu'il soit question de manger.

Les découvertes d'amphores à vin de Marseille, sur des sites de plus en plus nombreux, suivent la voie du Rhône et de la Saône ; quelques-unes sont arrivées jusqu'à la Heuneburg : les princes celtes avaient découvert le vin de Méditerranée. Il y a là tout un aspect qui a suscité, en quelque sorte dans une troisième phase de la recherche, de nombreuses réflexions : l'ethnologie montre l'importance qu'a, pour le prestige du chef dans des sociétés primitives ou archaïques, la consommation collective de boissons alcoolisées. En même temps, on mettait en valeur les phénomènes d'acculturation, dans toutes les zones en contact avec les Grecs, depuis les indigènes d'Italie du Sud jusqu'aux Illyriens et aux Thraces : tous ces objets, comme le vin et son mode de consommation, témoignent du prestige et de l'influence des civilisations méditerranéennes ; la disposition même des vases à puiser et à boire sur le rebord du cratère de Vix suffit à prouver que ceux qui les ont déposés connaissaient précisément la fonction de ces récipients.

On passe naturellement de ces observations à des problèmes d'ordre social et économique. La tombe de Vix représente le sommet de la longue histoire des tombes où on ensevelit un char à quatre roues, usage connu depuis la fin de l'Âge du bronze ; elles ont à peu près toutes livré aussi de la vaisselle de luxe en métal, importée du Sud des Alpes. Du début du viiie siècle à la fin du vie, leur richesse augmente pendant que leur nombre diminue. C'est le reflet d'une hiérarchisation progressive de la société, qui aboutit au « phénomène princier » de la seconde moitié du vie siècle. Les biens de prestige déposés dans les tombes y jouent un rôle important, comme signes de statut social ; on observe le même phénomène chez les indigènes d'Italie du Sud ou chez les Illyriens, avec cette différence que dans ces deux cas, pour les hommes, les armes, absentes dans le monde hallstattien de la fin du vie siècle, sont abondantes.

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Tombe de Vix (Côte d'Or)

Tombe de Vix (Côte d'Or)
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Torque provenant de la tombe de Vix (Côte-d'Or)

Torque provenant de la tombe de Vix (Côte-d'Or)
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Pour citer l’article

Claude ROLLEY, « VIX TOMBE DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tombe-de-vix/