JOFFROY RENÉ (1915-1986)

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Né à Chaumont (Haute-Marne) le 10 juin 1915, René Joffroy est décédé à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) le 5 février 1986.

Dès l'université, René Joffroy se révéla très éclectique, à l'image de 1'« honnête homme » de l'époque classique. Latiniste et helléniste mais ayant aussi étudié la langue peul, historien et ethnologue, entomologiste à l'occasion, il était titulaire de plusieurs certificats de licence ès lettres et de licence ès sciences. Il s'orienta toutefois vers la philosophie, qu'il enseigna au collège de Châtillon-sur-Seine de 1940 à 1953.

Dès sa jeunesse, cependant, René Joffroy s'était intéressé à l'archéologie et spécialement à la préhistoire, ce qui l'avait amené à fréquenter les chantiers de fouille dirigés par André Leroi-Gourhan. À partir de 1936 et en collaboration avec l'abbé Pierre Mouton, il entreprit des recherches dans plusieurs grottes de la Haute-Marne et de la Côte-d'Or, en particulier dans celles de Farincourt qui livrèrent de beaux ensembles magdaléniens. Quittant brièvement la région, Joffroy et Mouton consacrèrent leurs vacances à la grotte des Rois à Mouthiers (Charente), où ils découvrirent une importante stratigraphie aurignacienne qu'ils publièrent, en 1958, dans un supplément de la revue Gallia-Préhistoire.

Mais Joffroy était d'abord bourguignon, et c'est en Bourgogne qu'il développa ses travaux, autour de la base constituée par le musée de Châtillon dont il fut le conservateur à partir de 1947. Outre ceux du Paléolithique, deux sites l'ont surtout attiré, et cela dès 1945 : la ville gallo-romaine de Vertillum, à Vertault, et l'oppidum protohistorique du Mont-Lassois, à Vix, tous deux en Côte-d'Or et à quelques kilomètres de Châtillon ; dans l'un et l'autre, il poursuivit les recherches entreprises, depuis environ 1930, par son prédécesseur au musée, J. Lagorgette. C'est d'ailleurs à l'oppidum de Vix qu'il consacra sa thèse d'État, publiée en 1960 (L'Oppidum de Vix et la civilisation hallstattienne finale).

Depuis son arrivée à Châtillon, Joffroy s'était occupé des nombreux tumulus qui, dans la région, représentent des témoins majeurs de la civilisation hallstattienne (premier Âge du fer) ; il avait publié successivement ceux de Banne, d'Essarois, de Minot ; à propos de ceux de Sainte-Colombe, un de ses articles, paru en 1952, posait la question : Les tumulus de Sainte-Colombe ont-ils été édifiés par les habitants de la station hallstattienne de Vix ? La brillante découverte de la tombe de Vix, en janvier 1953, en compagnie de M. Moisson, devait livrer une réponse à la question en même temps qu'elle couronnait des travaux poursuivis depuis plus de dix ans.

On a beaucoup écrit à propos du « trésor » de Vix. Si d'autres tombes princières hallstattiennes sont connues, notamment en France et en Allemagne, le mobilier de Vix est cependant tout à fait exceptionnel : un cratère en bronze, haut de 1,64 m et pesant 208,6 kg, porte des anses richement décorées ; son col est orné d'une frise de chars, avec chevaux et auriges, accompagnés par des hoplites, et son couvercle est surmonté d'une statuette féminine ; une phiale en argent à ombilic d'or, un grand bassin de bronze, une œnochoé à bec tréflé, deux coupes attiques complètent le mobilier ; parmi les bijoux, on compte un torque, des bracelets, des fibules et surtout le célèbre diadème en or, exceptionnel par son poids (480 g) et par le décor, en partie filigrané, de ses extrémités.

Déjà spécialiste de la période hallstattienne, Joffroy était donc qualifié pour étudier cette prodigieuse trouvaille, pour la dater (vers 500 av. J.-C.) et, en ce qui concerne les nombreux objets d'origine italo-grecque, pour poser avec pertinence le problème des voies qu'ils ont suivies jusqu'à Vix. Toutes ces études ont fait l'objet de plusieurs ouvrages, dont un mémoire richement illustré des Monuments et Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres (1954).

Déjà apprécié par les archéologues les plus éminents, Joffroy, grâce à la découverte de Vix, devait être connu du grand public et recevoir de nombreuses promotions et distinctions : il fut, en particulier, conservateur en chef (1964) du musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye et membre correspondant de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, président d'honneur de la Société préhistorique de France...

Il devait présider à la réorganisation totale du musée des Antiquités nationales, décidée par le ministre André Malraux ; il bénéficia de la collaboration de l'architecte André Hermant, de Pierre Quoniam et des conservateurs qui furent nommés au musée à partir de 1965.

Après Vix, Joffroy a poursuivi son travail, notamment sur l'Âge du fer châtillonnais (tumulus de Poiseul-la-Ville, Côte-d'Or). Toujours éclectique, il a souvent débordé le cadre de l'Âge du fer ; l'un de ses derniers ouvrages a été consacré, en 1977, à la nécropole mérovingienne de Lavoye (Meuse). Directeur des Antiquités préhistoriques de Champagne, il a dirigé la fouille de la grotte sépulcrale néolithique de Loisy-en-Brie (Marne).

Demeuré pédagogue, il a tenté, à partir de ses cours de l'École du Louvre et avec Andrée Thénot, de réunir en deux volumes une vue d'ensemble parfois traditionnelle de l'archéologie francaise (Initiation à l'archéologie de la France, Tallandier, Paris, 1984).

En dehors du « miracle » de Vix, René Joffroy a joué un rôle important dans le renouveau de la connaissance protohistorique. Il a été, dans la tradition de Joseph Déchelette, l'un des représentants de l'archéologie descriptive et typologique, orientation que complètent aujourd'hui les tendances technologique, paléoethnologique et paléoécologique.

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VIX TOMBE DE

  • Écrit par 
  • Claude ROLLEY
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La découverte par René Joffroy de la tombe princière de Vix (Côte-d'Or), dans l'hiver 1952-1953, marque un tournant dans notre connaissance du premier Âge du fer dans l'Europe tempérée, la période qu'on appelle hallstattienne d'après le site de Hallstatt (Alpes du Salzkammergut autrichien). Elle reste une des deux seules tombes de ce type retrouvées intactes, qui permettent donc une approche des m […] Lire la suite

Pour citer l’article

Henri DELPORTE, « JOFFROY RENÉ - (1915-1986) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rene-joffroy/