THÈBES DE BÉOTIE

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L'effacement et l'apogée de l'époque classique

Privée par les Grecs victorieux de son hégémonie sur la Béotie, Thèbes mène une vie très effacée jusqu'en 447, peut-être toujours sous un gouvernement aristocratique. C'est l'époque de l'apogée du plus glorieux de ses fils, Pindare, dont les Odes triomphales célèbrent les jeunes aristocrates vainqueurs dans les jeux panhelléniques. Ses artistes ne sont pas non plus sans vigueur : elle possède une bonne école de sculpture, dont les stèles votives et funéraires seront imitées à Athènes même ; ses ateliers de coroplastie, comme ceux de la proche Tanagra, produisent des figurines remarquablement savoureuses. La musique y est florissante, à telle enseigne que l'on attribuait l'invention de la flûte à Athéna sur les bords du lac Copaïs. La réputation de rusticité que lui ont faite ses voisins athéniens est bien injuste. C'est une culture pleine de sève paysanne et de vitalité drue que celle des Béotiens et notamment des Thébains à la fin de l'archaïsme.

À l'occasion de la « première guerre du Péloponnèse », Thèbes reprend un rôle important, au côté de Sparte. Elle est victorieuse d'Athènes à Tanagra, puis défaite à Oinophyta (457) et à nouveau victorieuse à Coronée (447). Elle en profite pour reconstituer la confédération béotienne en lui donnant une structure solide. Le gouvernement fédéral est composé de 11 béotarques et d'un conseil de 660 membres ; Thèbes, qui dispose de 4 unités sur 11, jouit d'une autorité incontestée ; dans chaque cité, les conseils ne comprennent que les citoyens jouissant du cens de l'hoplite, ce qui marque bien le caractère d'aristocratie modérée qui est le propre de cette constitution.

Dans la guerre du Péloponnèse, Thèbes combat avec Sparte, qui l'aide à s'emparer de Platées, vieille alliée d'Athènes, qui est atrocement rasée (427). Elle triomphe des Athéniens à Délion (424) et renforce sa puissance en Béotie en démantelant Thespies et en lui imposant un gouvernement aristocratique. Elle participe aux razzias menées contre les campagnes attiques et en tire de considérables profits.

Lors de la paix de 404, elle réclame en vain qu'Athènes soit rasée et transformée en pâturage. Cette guerre de trente ans ne lui a pas été inutile, puisqu'elle lui a permis de renforcer son hégémonie sur la Béotie et de s'enrichir. Mais c'est Sparte qui remporte la véritable victoire. D'où l'aigreur de Thèbes qui se sépare de son alliée. On en arrive vite à la rupture : la guerre de Corinthe (395-386) unit contre Sparte Thèbes, Argos, Corinthe et Athènes en un renversement complet de la situation. Cette guerre est d'autant plus désastreuse pour Thèbes que la « paix du Roi » qui la termine stipule l'autonomie de toutes les cités, donc la dissolution de la confédération béotienne, instrument de la puissance thébaine. Thèbes est asservie à Lacédémone, qui occupe la Cadmée en 382.

Au moment où Thèbes semble ainsi isolée et humiliée, elle se ressaisit et atteint l'apogée de son histoire. Elle reconstitue la confédération béotienne, qui devient plus démocratique et plus centralisée que pendant la période 447-386 : au conseil fédéral se substitue l'assemblée du peuple (damos) groupant les citoyens de toutes les cités ; Thèbes dispose de 4 unités sur 7. Une nouvelle équipe dirigeante apparaît avec Gorgidas, qui réorganise l'armée, et Épaminondas, qui se révèle un admirable stratège. Un corps d'élite est créé, apte à résister aux redoutables hoplites de Sparte, le bataillon sacré dont les membres ont pour loi de vaincre ou de mourir ensemble. En 371, Thèbes défait à Leuctres Sparte l'invincible : Épaminondas y utilise pour la première fois une technique plus subtile que l'ordinaire choc frontal de deux armées : l'ordre oblique avec attaque par l'aile gauche.

Épaminondas profite largement de ce succès, suivi dans le Péloponnèse de mouvements de sécession parmi les alliés de Sparte. Il libère la Messénie et lui donne une nouvelle capitale, Messène, qu'il ceint d'admirables remparts. Il encourage les Arcadiens à s'organiser et à prendre, pour capitale fédérale, une ville neuve, Mégalopolis (la Grande cité) et il aide la confédération arcadienne à se créer des institutions définitives : c'est une démocratie modérée avec une assemblée des Dix-Mille (sans doute les citoyens possédant le cens de l'hoplite), un conseil, 50 démiurges et un stratège. Divisée en deux parties, quartier municipal et quartier fédéral, la nouvelle capitale se développe harmonieusement et devient l'une des plus belles cités de la Grèce. Épaminondas combat aussi en Thessalie, où Pélopidas meurt en remportant une belle victoire à Cynoscéphales (364). Il lutte en Béotie où tous les citoyens d'Orchomène sont massacrés, et dans le Péloponnèse surtout. Thèbes, qui a reconstruit les remparts de son acropole en beaux murs isodomes percés de sept portes et qui s'est même donné une marine de guerre, succède à Athènes et à Sparte dans l'hégémonie sur les cités grecques et jouit à son tour de l'appui du Grand Roi. Mais Athènes et Sparte, réconciliées devant le péril thébain, rassemblent une vaste coalition : à Mantinée (362), l'affrontement est général. Épaminondas périt en pleine mêlée.

Pendant tout le ive siècle, l'art reste vivant à Thèbes : la production de stèles continue ; une école de peinture apparaît, dont les représentants les plus connus sont les deux Aristide. La victoire de Leuctres est l'occasion d'une consécration importante de la cité dans le sanctuaire de Delphes : un magnifique trésor de calcaire, le plus grand des trésors delphiques, d'une architecture pure et sobre qui se passe de colonnes et de sculptures.

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Pierre LÉVÊQUE, « THÈBES DE BÉOTIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thebes-de-beotie/