STICH-RANDALL TERESA (1927-2007)

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Cette soprano américaine qu'Arturo Toscanini a saluée comme « la découverte du [xxe] siècle » a accompli l'essentiel de sa carrière sur le Vieux Continent, où elle a profondément divisé la critique européenne en deux camps qui ont longtemps semblé irréductibles : les réfractaires à la froideur désincarnée de son chant face aux admirateurs d'une fraîcheur et d'une aisance quasi instrumentales. Les passions se sont aujourd'hui réconciliées autour d'un style proche de l'épure qui, à son meilleur, peut toucher au sublime.

Teresa Stich-Randall naît à West Hartford (Connecticut) le 24 décembre 1927. Elle entre à onze ans à l'école de musique de sa ville natale. Ses dons sont tellement précoces qu'elle devient à quinze ans la jeune soliste que s'arrachent les églises locales. Elle poursuit ses études à la Columbia University de New York (1945), où elle incarne Gertrude Stein lors de la création, le 7 mai 1947, de The Mother of Us All de Virgil Thomson, et, le 5 mai 1948, le rôle-titre de la version révisée d'Evangeline d'Otto Luening. Toscanini est à ce point impressionné qu'il l'engage pour être la Grande Prêtresse de son Aïda, et la Nannetta de son dernier Falstaff (1949 et 1950, respectivement). Grâce à une bourse Fulbright, elle peut se rendre en Europe. En 1951, elle est lauréate du concours de chant de Lausanne et du concours international d'exécution de Genève. La même année, elle se fait remarquer dans un rôle secondaire – une Sirène – d'Oberon, de Carl Maria von Weber. Dès 1952, elle est appelée par le festival de Salzbourg pour une série de concerts ; elle reviendra à Salzbourg jusqu'en 1967. La Staastoper de Vienne l'acclame sous les traits de Violetta dans La Traviata de Verdi, et la retient immédiatement pour une série de huit ouvrages lyriques. Adoptée par l'Autriche, qui deviendra son port d'attache, elle sera la première cantatrice américaine à être honorée, en 1962, du titre de Kammersängerin, hérité de l'époque impériale.

Mais c'est au festival d'Aix-en-Provence que Teresa Stich-Randall doit sa célébrité. De 1953 à 1971, elle y interprétera – partageant souvent la vedette avec Teresa Berganza – les grandes héroïnes mozartiennes de sa tessiture : Fiordiligi (Così fan tutte), la Comtesse (Les Noces de Figaro), Donna Anna (Don Giovanni), Pamina (La Flûte enchantée), Ilia (Idomeneo). Sa carrière américaine – elle débute au Lyric Theatre de Chicago en 1955 (Gilda de Rigoletto de Verdi), au Metropolitan Opera de New York en 1961 (Fiordiligi) – sera plus modeste. Son répertoire s'élargit à Agathe (Der Freischütz de Weber) et à Sophie (Le Chevalier à la rose de Richard Strauss, qu'elle enregistre en 1956 dans la version légendaire, sous la direction d'Herbert von Karajan, aux côtés d'Elisabeth Schwarzkopf, Christa Ludwig, Eberhard Wächter et Otto Edelmann). Les plus grands chefs la réclament : Otto Klemperer, Joseph Keilberth, Hans Schmidt-Isserstedt, Charles Mackerras, André Cluytens, Karl Böhm, Peter Maag, Georg Solti, Hans Rosbaud... Elle se révèle exceptionnelle dans la musique sacrée et pratique le lied, visitant avec le même bonheur Mozart, Schubert, Schumann, Debussy et Richard Strauss. Au festival de Salzbourg, elle participe, le 15 août 1960, à la création de la version scénique de l'oratorio-spectacle Le Mystère de la Nativité de Frank Martin. Elle ralentit ses activités pendant les années 1970 et se consacre à l'enseignement. Aix-en-Provence, lieu de ses plus éclatants triomphes, l'entendra pour une dernière fois – master classes et récital – en 1983. Teresa Stich-Randall meurt à Vienne le 17 juillet 2007.

La voix presque abstraite de Teresa Stich-Randall a découragé plus d'un amateur. Tout à l'opposé d'une Elisabeth Schwarzkopf, dans un art qui semble taillé dans le marbre, elle ne s'autorise ni les colorations ni les nuances qui sont le frémissement de la vie. Un timbre [...]

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Pierre BRETON, « STICH-RANDALL TERESA - (1927-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/teresa-stich-randall/