SUPER-HÉROS, bande dessinée

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Guerre éditoriale, nouveaux supports et progrès esthétiques

La concurrence sur le marché des super-héros a toujours été vive. Julius Schwartz, chez D.C., lance, à partir de 1956, de nouveaux Flash (1956), Green Lantern (1959), Atom ou Hawkman, et crée la Justice League of America (1960). En réaction, Stan Lee, responsable de Marvel (ancien Timely), supervise, avec Jack Kirby, le « King » des comics, la création des Fantastic Four (1961), de Thor (1962), de Hulk (1962), des Avengers (1963), et ressuscite Captain America (1964)... Steve Ditko donne à Spider-Man (1962) son allure légendaire, et Don Heck façonne l'univers d'Iron Man (1963)... Le petit éditeur Marvel se mue alors en challenger ambitieux de D.C. Le renouveau des années 1960 a transformé le marché. D.C. et Marvel se livrent une lutte acharnée.

Chez D.C., Superman, Batman, Wonder Woman, Green Lantern, Flash ou Aquaman véhiculent une mythologie grandiose issue des années 1930. Chez Marvel, Spider-Man, Daredevil, Hulk, Iron Man, les Fantastic Four ou les Avengers sont les enfants de l'ère atomique et de la guerre froide. Les autres genres (romance, policier, western, science-fiction) sont réduits à la portion congrue. De nos jours, Marvel se situe en tête des ventes, suivi de près par D.C., occupant à eux deux plus de 65 p. 100 de parts de marché. En 2004, les deux éditeurs publiaient chacun plus de vingt comics par semaine.

Le passage des héros de papier vers l'audiovisuel n'est pas une affaire récente. Créé en 1938 dans les comics, Superman, via une agence de presse, est publié en strips dans les journaux dès 1939 et devient le héros d'un feuilleton radio de 1940 à 1951. C'est à cette époque qu'apparaissent Perry White, le patron irascible de Clark Kent, ou encore la kryptonite, une substance dont les radiations sont fatales au héros.

Superman fera l'objet d'une adaptation en dessins animés entre 1941 et 1943, produite par les frères Fleisher, qui s'occupaient de Betty Boop et Popeye. Il lui faudra attendre 1948 pour être adapté en serial (avec Kirk Alyn), feuilleton diffusé en première partie des séances de cinéma. Le premier super-héros à avoir bénéficié de ce traitement est le Captain Marvel de l'éditeur Fawcett.

Après de nombreuses autres adaptations, le film Superman de Richard Donner, en 1978, donne ses lettres de noblesse au personnage et au genre, sans doute pour la qualité de son interprétation (splendide Christopher Reeve) et l'aspect spectaculaire de ses effets spéciaux. Si toutes les adaptations de super-héros sur petit ou grand écran ne sont pas des réussites signalons le premier Batman par Tim Burton (1989), les deux X-Men de Bryan Singer, les trois Spider-Man (2002, 2004, 2007) de Sam Raimi, le Hulk de Ang Lee (2003), ou encore, à la télévision, les feuilletons Lois et Clark, Flash ou Smallville. Les progrès dans la technique des effets spéciaux rendent crédibles la transposition de héros qui, jusque-là, n'avaient prospéré qu'en deux dimensions.

Un marché complémentaire s'est développé : celui de la « novélization ». Des romans, destinés à un public peu coutumier de la lecture de bande dessinée, sont tirés des adaptations cinématographiques. Cela permet d'enrichir l'univers des super-héros tout en élargissant le public à qui ils sont destinés.

Ayant prouvé leur caractère universel, ces héros de papier accèdent aussi, depuis quelques années, au réseau des librairies, quittant progressivement le format brochure des comics, pour revêtir celui du trade paperback, réimpression à dos carré, sans publicité, parfois cartonnée, de plusieurs fascicules compilés.

C'est la conséquence de l'évolution du marché depuis les années 1990. Déjà à la fin des années 1970, de petits éditeurs, les « indépendants », imprimant sans le visa du Comics Code et distribuant leur production non pas dans les kiosques mais auprès d'un réseau de libraires spécialisés, développent de nouveaux formats. Les graphic novels, par exemple, copient le format franco-belge – des albums Tintin ou Astérix, par exemple –, en vogue en France. De grands progrès ont été effectués concernant la qualité du papier. Les formats « baxter » ou « prestige » sont exclusivement vendus par le réseau de libraires spécialisés. De nos jours, les comics les plus populaires sont recueillis en trade paperback et diffusés par les plus grandes chaînes de librairies, touchant un public bien plus large.

Cette évolution du marché influe sur le contenu même des comics. Les histoires se lisent désormais dans des recueils de 160 pages au lieu de fascicules d'une vingtaine de planches. Le rythme, différent, accorde une place plus grande aux cases « cinémascope ». Enfin, puisqu'ils s'adressent depuis quelques années à des lecteurs plus âgés et plus riches, les comics abordent des sujets pour adultes. La politique, la mort, la drogue sont des thèmes couramment admis. La construction des histoires et la précision de la documentation se sont nettement améliorées aussi.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 8 pages

Écrit par :

  • : responsable d'édition, scénariste, spécialiste de la bande dessiné

Classification

Autres références

«  SUPER-HÉROS, bande dessinée  » est également traité dans :

BANDE DESSINÉE

  • Écrit par 
  • Dominique PETITFAUX
  •  • 17 301 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « Bande dessinée et cinéma »  : […] L' adaptation de bandes dessinées au cinéma, que ce soit en film avec acteurs ou en dessins animés, est fort ancienne. En France, par exemple, Émile Cohl réalisa en 1917-1918 cinq films d'animation sur les Pieds-Nickelés, et Bécassine, interprétée par Paulette Dubost, fut portée à l'écran par Pierre Caron et René Pujol en 1940. Aux États-Unis, Winsor McCay adapta dès 1911 en dessin animé son Litt […] Lire la suite

GAIMAN NEIL (1960- )

  • Écrit par 
  • Michael RAY
  •  • 759 mots

L' écrivain britannique Neil Gaiman est connu pour ses ouvrages de fantasy très imaginatifs, à l'humour souvent sombre. Né le 10 novembre 1960, à Porchester (Hampshire), Neil Richard Gaiman grandit dans le Sussex et fréquente la Whitgift School de Croydon, dans la banlieue de Londres. Après avoir quitté ce lycée, il travaille comme journaliste free-lance avant de publier un livre sur le groupe de […] Lire la suite

LEE STAN (1922-2018)

  • Écrit par 
  • Jean-Paul GABILLIET
  •  • 865 mots
  •  • 1 média

Stanley Martin Lieber, né à New York le 28 décembre 1922 de parents juifs roumains, avait pour ambition d’être l’auteur du « grand roman américain ». Il ne l’écrivit jamais mais, sous le nom de Stan Lee, donna naissance à la mythologie moderne des super-héros Marvel , devenue en un demi-siècle un des pans les plus dynamiques de la culture de masse américaine. Entré à dix-sept ans comme grouillot d […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean-Marc LAINÉ, « SUPER-HÉROS, bande dessinée », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/super-heros-bande-dessinee/