SUPER-HÉROS, bande dessinée

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Les super-héros en dehors des États-Unis

Développés parallèlement aux comic books, typiques des États-Unis, les super-héros seraient-ils un phénomène national purement américain ? Des copies étrangères, simples décalques souvent, parodies mordantes parfois, se retrouvent partout dans le monde. Ainsi Le Rayon U, d'Edgar-Pierre Jacobs, remplace Flash Gordon, interdit sous l'Occupation.

Ozamu Tezuka, grand maître des mangas japonais et père de séries telles qu'Astro Boy, n'a jamais caché l'influence qu'il a reçu des comics et de Disney. En octobre 1972, le dessin animé Science Ninja Team Gatchaman, connu en France sous le titre La Bataille des planètes, montre que les super-héros ont également influencé le travail de Tatsuo Yoshida. Shotaro Ishimori crée en 1975, dans Himitsu Sentai Go Ranger (Secret Squadron Five Rangers), l'équipe de « super-sentai », avec le chef, la tête brûlée, la jolie héroïne, le bon gros et le gamin, tous en costume. Aujourd'hui, Dragon Ball, d'Akira Toriyama, emprunte aux X-Men leur décorum : bien contre mal, rédemption des vilains, paradoxe temporel, apprentissage des pouvoirs, fraternité. Le robot géant (ou « super-robot »), créé par Go Nagai, a au Japon la même importance culturelle que le super-héros aux États-Unis.

En dehors du Japon, de nombreux auteurs ont exploré le genre : Tony Wong (Hong Kong), Bane Kerac (la Chatte, Yougoslavie), Jesus Blasco (Steel Claw, Angleterre, 1962) ou Pat Mills (Judge Dredd, Angleterre, 1978). L'As de Pique, personnage italo-argentin dessiné par Hugo Pratt dans les années 1950, est un descendant de Fantomas ou de Batman. Diabolik, créé par les sœurs Giussani en 1962 en Italie, est un Arsène Lupin moderne. En définitive, au Japon comme en Europe, le super-héros n'est pas le genre dominant. Il est traité comme un genre à part qui vient enrichir des spécificités éditoriales locales.

En France, Fantax, dans les années 1940, emprunte autant à Fantomas qu'à Superman. Avec la traduction des comics Marvel dès 1968 naissent des personnages français. Parmi eux, Homicron, une copie de Green Lantern, ou le barbare Kabur, décalque de Conan. Les créations françaises suivent les modes américaines. La réussite de Mikros (par Jean-Yves Mitton) et de Photonik (par Ciro Tota) a marqué toute une génération. En sus de Mikros, Mitton, en 1980, a réalisé une aventure du Silver Surfer, personnage Marvel repris aussi par Moebius en 1989. Les lecteurs ont lu d'autres aventures françaises : Spawn. Simonie (par Nikolavitch et Briclot, 2002) ou Witchblade. Serment de sang (par Lofficier et Roux, 2003). Ces créations se plient au format américain (feuilleton de 22 pages), pour créer un produit qui rivalise avec les comics dont il s'inspire.

La parodie a mis très tôt en évidence les caractères constitutifs des super-héros. Benoît Brisefer cumule la super-force et le talon d'Achille (il perd ses pouvoirs quand il est enrhumé). Super-Dupont pousse la dérision à l'extrême : son pyjama, ses pantoufles et son bérêt sont associés à sa capacité à voler et à sa super-force. Le chauvinisme ridicule de Super-Dupont en dit long sur l'impérialisme atavique des super-héros : Superman ou Captain America sont inévitablement perçus comme des modèles du nationalisme américain, comme en témoignent les caricatures de politiciens dans des costumes imités de Superman (Nixon, Carter, Reagan, jusqu'à Jacques Chirac, sur la couverture de L'Express du 30 octobre 1981). Le détournement des super-héros à des fins publicitaires encourage aussi la caricature.

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  • : responsable d'édition, scénariste, spécialiste de la bande dessiné

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Pour citer l’article

Jean-Marc LAINÉ, « SUPER-HÉROS, bande dessinée », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/super-heros-bande-dessinee/