STATIONS ORBITALES

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La relève de Mir : de Freedom à la Station spatiale internationale

Depuis longtemps, la relève de Mir était envisagée. Non pas du côté soviétique, mais du côté américain. En effet, alors que l'U.R.S.S. s'apprêtait à mettre Mir sur orbite, le président des États-Unis Ronald Reagan avait demandé en avril 1983 à la N.A.S.A. d'établir un projet de station.

Le 25 janvier 1984, c'est-à-dire dix ans après la fin de l'exploitation de Skylab, la seule station américaine jamais construite, le président Reagan annonce officiellement, lors de son discours sur l'état de l'Union, la construction d'une station spatiale américaine : il s'agit alors de « réaliser et de mettre sur orbite une station spatiale habitée en permanence » ; Ronald Reagan invite « les alliés et amis des États-Unis à participer à son développement et à son utilisation et à partager les bénéfices en découlant ». Le coût d'un tel projet est alors estimé à 8 milliards de dollars.

En 1985, l'Europe – par l'intermédiaire de l'Agence spatiale européenne (E.S.A.), qui regroupe pour l'opération neuf pays –, le Canada et le Japon répondent à cette invitation. Mais la catastrophe de la navette Challenger, le 28 janvier 1986, va faire perdre un temps considérable au développement du projet, dont le coût, à mesure que les études de définition progressent, passera à 10,9 puis, en 1987, à 13 milliards de dollars. Le 16 juillet 1988, un nom est donné à cette station : Freedom (« Liberté »).

Des raisons d'abord politiques

Ce retour des Américains dans le domaine des stations répond d'abord à des considérations politiques. Vainqueurs de la Lune en 1969, ayant réussi à réaliser la navette spatiale, dont le premier lancement a eu lieu le 12 avril 1981, les États-Unis sont à la recherche de nouveaux objectifs propres à assurer leur suprématie dans l'espace et à mobiliser la nation sur un projet d'envergure, comme avait su le faire naguère Kennedy avec le programme Apollo. Il s'agit aussi de ne pas laisser les Soviétiques dominer dans le domaine des stations, alors qu'ils s'apprêtent à réaliser Mir. Ce thème du caractère impératif de la réalisation d'une station sera repris par tous les successeurs de Reagan à la Maison-Blanche.

Cette initiative comporte néanmoins des objectifs scientifiques. Il s'agit d'assurer une présence permanente d'astronautes américains dans l'espace afin de préparer l'homme à des voyages plus lointains dans le système solaire, notamment vers Mars. Il s'agit également de procéder sur orbite terrestre à la construction de grandes infrastructures dans lesquelles pourraient être menées des expériences scientifiques diverses, allant de l'étude du comportement de l'organisme humain en impesanteur à la physique fondamentale, mais aussi de mener des observations de la Terre, du système solaire et de l'Univers. À cela s'ajoute l'espoir de pouvoir élaborer industriellement des matériaux, voire des molécules médicamenteuses, qui ne peuvent être obtenues sur Terre, où la gravité constitue un handicap. Des sociétés américaines comme 3M manifestent d'ailleurs un vif intérêt pour ces perspectives.

Enfin, pour la réalisation de ce projet, il est nettement fait appel à la coopération internationale. La station Freedom apparaît donc d'emblée comme le plus grand projet de coopération internationale dans l'espace. En fait, en sollicitant cette coopération, les Américains entendent bien en partager les dépenses tout en conservant la maîtrise du projet. Et, sur ce point, la position américaine est sans ambiguïté. Elle est exprimée par le National Space Council, l'autorité suprême aux États-Unis en matière d'espace : « Une coopération internationale accrue pourrait être recherchée, non seulement pour ses bénéfices programmatiques, mais aussi parce que c'est la meilleure façon d'exercer une influence sur l'orientation des entreprises spatiales dans le monde. »

Cependant, l'idée d'une station orbitale ne fait pas l'unanimité parmi les scientifiques, américains et non américains. Nombre d'entre eux y voient une dépense excessive eu égard aux résultats espérés. Cette attitude n'est pas nouvelle : le programme Apollo avait connu les mêmes critiques lors de son avènement.

Mais, au cours des années qui suivent, alors que la définition de la station se précise, le coût de Freedom ne cesse de croître et sa mise en service prend du retard : il devient rapidement évident que la date de 1993 prévue par Ronald Reagan pour l'achèvement de la station ne pourra être tenue. En 1988, le Congrès exprime son inquiétude et demande une révision à la baisse des ambitions.

Le 29 septembre 1988, après plus de trois années de discussions avec les partenaires européens, canadiens et japonais – notamment sur les droits de propriété intellectuelle des innovations qui découleraient de travaux réalisés à bord de la station –, une série d'accords est signée. Le programme est donc officiellement lancé. Mais des difficultés de financement apparues rapidement chez les différents partenaires ainsi que la chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, obligent à revoir ces accords. En octobre 1990, face à une nouvelle augmentation du coût de la station, le Congrès américain demande une nouvelle fois à la N.A.S.A. de redéfinir, à la baisse, le projet.

En 1991, alors que l'U.R.S.S. n'est plus, les Américains proposent aux Russes de coopérer. Il s'agit maintenant, d'une part, d'intégrer les compétences de ces derniers en matière de vols habités et de réalisation de stations, d'autre part, d'éviter que leurs ingénieurs mis sur la touche du fait de la baisse des activités spatiales dans leur pays ne migrent vers des pays « indésirables », comme l'Irak ou l'Iran, notamment. Le programme qui était sévèrement critiqué par le Congrès est donc sauvé par le changement du contexte politique international. La Russie, qui entend jouer un rôle important dans la construction de la station, intègre alors le projet en décembre 1993. Elle apporte notamment ses vaisseaux Soyouz et se charge de la réalisation de plusieurs modules d'habitation, de recherche et d'amarrage. L'apport budgétaire russe est évalué, avec un optimisme démesuré, à 1,6 milliard de dollars. Le projet est rebaptisé Alpha. Par ailleurs, un accord portant sur un montant de 400 millions de dollars est conclu pour la réalisation de dix vols de la navette américaine vers la station Mir, alors toujours en service : il s'agit d'apprendre à travailler ensemble.

Entre-temps, le président Bill Clinton a demandé à la N.A.S.A. de revoir une nouvelle fois le projet à la baisse et de limiter à 17,4 milliards de dollars le coût de la station. En octobre 1997, Alpha devient l'International Space Station, ou I.S.S. Ce même mois, un autre pays – le Brésil – adhère au programme. Cependant, la Russie, exsangue, ne peut tenir ses engagements. Une aide financière américaine lui est fournie. Mais, rapidement, les Américains ont d [...]

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Mission Skylab-4

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Navette spatiale Discovery

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A.T.V. Jules-Verne

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La Station spatiale internationale en août 2005

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Écrit par :

  • : membre de l'Académie de l'air et de l'espace et de l'International Academy of Astronautics, ancien président de l'Institut français d'histoire de l'espace

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Pour citer l’article

Jacques VILLAIN, « STATIONS ORBITALES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/stations-orbitales/