STATIONS ORBITALES

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La deuxième génération de stations spatiales soviétiques : Saliout-6 et Saliout-7

Du côté soviétique, l'échec du programme lunaire habité avait été rudement ressenti par les techniciens et les hommes au pouvoir. Quelques réorganisations en étaient résultées. En mai 1974, Michine avait été limogé et Valentin Petrovitch Glouchko, le rival de Korolev et de Michine, avait pris les rênes en réunissant l'entreprise de Korolev à la sienne pour former NPO Energia.

C'est sous son autorité que Saliout-6, la première station de deuxième génération, est lancée à 350 kilomètres d'altitude, le 29 septembre 1977. Elle bénéficie de nouveautés : une douche a été installée, elle est aménagée pour les sorties dans l'espace et deux vaisseaux (deux Soyouz, ou un Soyouz et un cargo Progress) peuvent s'y amarrer, ce qui améliore sensiblement les conditions d'opération. Avec un Soyouz et un Progress à chaque extrémité de la station, l'ensemble a une masse de 36 tonnes. Le 10 décembre 1977, Soyouz-26 est lancé et s'amarre à l'arrière de Saliout-6. Au cours de ce séjour, Iouri Victorovitch Romanenko et Georgi Mikhaïlovitch Gretchko raviront aux Américains de Skylab-4 le record de séjour dans l'espace avec 96 jours contre 84. Trois premières seront réalisées : l'accueil d'un autre équipage (celui de Soyouz-27, avec Oleg Grigorievitch Makarov et Vladimir Alexandrovitch Djanibekov, lancé le 10 janvier 1978), l'amarrage du premier cargo Progress une dizaine de jours plus tard et l'accueil du premier équipage international, avec le Tchèque Vladimir Remek, au début de mars 1978 (Soyouz-28). Pour la première fois également, l'orbite d'une station Saliout est modifiée en utilisant les moteurs du Progress. D'une masse de 7 020 kilogrammes, Progress est un véhicule cargo pouvant embarquer 1 300 kilogrammes de fret – denrées, eau, matériels divers – et 1 000 kilogrammes d'ergols pour le ravitaillement de la station.

Alors que Saliout-6 reste sur orbite, Saliout-7 est lancée le 19 avril 1982 et positionnée à 474 kilomètres d'altitude, pour une durée envisagée de cinq ans. Le deuxième équipage à l'habiter sera franco-russe : Soyouz T-6, lancé le 24 juin 1982, emporte en effet Djanibekov, Alexandre Sergeïevitch Ivantchenkov et Jean-Loup Chrétien, le premier spationaute français. Il s'agit de la première mission habitée du Centre national d'études spatiales (C.N.E.S.), la mission P.V.H. (premier vol habité). En juillet 1984, Soyouz T-12 amènera à bord de Saliout-7 Svetlana Evguenievna Savitskaïa, la deuxième femme russe à aller dans l'espace, vingt et un ans après Valentina Terechkova, et, surtout, la première femme à effectuer une sortie extravéhiculaire. Comme les stations précédentes, Saliout-7 n'échappe pas à quelques incidents. Ainsi, Soyouz T-8 quitte Baïkonour le 20 avril 1983 mais ne peut réaliser le rendez-vous avec la station. Soyouz T-9 y parvient en juin suivant mais pas Soyouz T-10A, dont le lanceur prend feu sur le pas de tir ; le système de sauvetage éjecte le Soyouz et l'équipage, constitué par Vladimir Georgievitch Titov et Guennadi Mikhaïlovitch Strekalov, est récupéré sain et sauf à quatre kilomètres de là. L'événement le plus spectaculaire affectant Saliout-7 interviendra en 1985. Au début de cette année, la station, alors inhabitée, tombe en panne. Plus de liaisons radio avec la Terre et tout gèle à bord faute d'énergie, les batteries étant déchargées. Une mission de sauvetage est décidée. Elle est confiée à Djanibekov, considéré comme le meilleur des cosmonautes, et à Victor Petrovitch Savinikh, qui décollent le 6 juin 1985 à bord de Soyouz T-13. Bien que le mouvement de la station soit désordonné, l'amarrage est réussi. Les cosmonautes pénètrent dans la station avec des masques à oxygène car l'atmosphère est trop chargée en gaz carbonique. Un circuit de ventilation provisoire alimenté à partir du Soyouz est confectionné. Il apparaît par ailleurs que les panneaux solaires sont déconnectés des accumulateurs. Au prix d'un travail remarquable et au bout de huit jours, le 16 juin, les deux hommes parviendront à redonner vie à la station. Il s'agit d'un immense succès pour l'astronautique soviétique.

Saliout-7 est abandonnée le 21 novembre 1985 et transférée le 22 août 1986 sur une orbite élevée (474 km/492 km), où son vieillissement va être étudié. En janvier 1990, alors que les ergols sont épuisés, la station devient non manœuvrable. Enfin, le 7 février 1991, elle redescend sur Terre de façon incontrôlée et des morceaux tombent, sans conséquences fâcheuses, à la frontière de l'Argentine et du Chili.

Saliout-6 était restée sur orbite quatre ans et dix mois. Pendant 617 jours, des hommes ont vécu à son bord. Seize équipages s'y sont succédé (dont huit internationaux, avec des représentants de la Tchécoslovaquie, de la Pologne, de la R.D.A., de la Hongrie, du Vietnam, de Cuba, de la Mongolie et de la Roumanie), qui ont réalisé plus de 1 600 expériences scientifiques ainsi que 35 amarrages, dont 12 ravitaillements par cargo Progress. Avec Saliout-7, le temps d'occupation est porté à 1 075 jours sur une période voisine de huit ans et dix mois. Le record de séjour de 237 jours dans l'espace par un équipage est atteint. Saliout-7 a reçu la visite de dix équipages (dont deux internationaux, avec le Français Chrétien et un Indien), qui ont réalisé plus de 2 500 expériences et 28 amarrages, dont 12 ravitaillements par cargo Progress.

De 1971 au milieu des années 1980, les Soviétiques ont donc démontré qu'ils maîtrisaient la construction et les opérations des stations orbitales. Ils avaient aussi accru, progressivement, la durée des séjours dans l'espace, acquérant une expérience incomparable en matière de physiologie spatiale. La voie était ouverte pour un projet plus ambitieux, Mir.

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Mission Skylab-4

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Navette spatiale Discovery

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A.T.V. Jules-Verne

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La Station spatiale internationale en août 2005

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Écrit par :

  • : membre de l'Académie de l'air et de l'espace et de l'International Academy of Astronautics, ancien président de l'Institut français d'histoire de l'espace

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Pour citer l’article

Jacques VILLAIN, « STATIONS ORBITALES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/stations-orbitales/