EISENSTEIN SERGE MIKHAÏLOVITCH

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Une œuvre fragmentaire

Aujourd'hui, on peut définir deux attitudes à propos d'Eisenstein. L'une ne marque, en fait, que le retour périodique d'un rejet politique. Elle voit en Eisenstein un complice du pouvoir stalinien. C'était déjà le point de vue d'Alexandre Soljénitsyne dans Une journée d'Ivan Denissovitch. Tous les éléments de l'œuvre sont ramenés à une solidarité de fait, voire à une fascination personnelle pour le dictateur, qui ne servait qu'à renforcer son pouvoir à travers les films, dont les éléments critiques mêmes sont mis en question. La plupart des cinéastes russes de la génération d'après Tarkovski ont à nouveau réduit Eisenstein à une figure officielle, suivant en cela leurs aînés Iosseliani et Guerman : pour ce dernier, Vertov et Eisenstein « étaient les meilleurs représentants du style étatique en vigueur à l'époque et ils ont une responsabilité dans l'avènement des malheurs de la Russie. Je n'ai jamais cru aux théories qui prétendaient qu'Eisenstein voulait dévoiler la vraie nature de Staline. Il voulait simplement lui plaire. Vertov et lui sont des faussaires absolus, même s'ils avaient du talent. » On oppose désormais Eisenstein à Chostakovitch, dont l'agnosticisme est présenté d'emblée comme l'expression d'une critique de sa société. La stricte division établie par le compositeur entre gages donnés au pouvoir et œuvre personnelle est jugée plus intègre que ce qu'on appelle la compromission du cinéaste, qui correspond en vérité à une volonté d'investir la moindre unité de son œuvre – plan, phrase, dessin – de la totalité de son expérience.

Une autre attitude, qui ignore la première, valorise le théoricien, considérant que l'œuvre écrit est aussi important que les films. Même si les débats des années 1970 ont perdu leur virulence, sa place dans la réflexion sur le cinéma s'est confirmée, davantage aujourd'hui dans le domaine anglo-saxon. Les deux positions méritent examen, même si leur simplification est excessive. Dire que la complexité d'une œuvre peut faire le jeu d'un pouvoir, c'est prendre à contresens toute notion d'art totalitaire. En rev [...]


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23 janvier 1898 Serge Mikhaïlovitch Eisenstein naît à Riga en Lettonie, d'un père d'origine juive, ingénieur-architecte de la ville, et d'une mère slave.1906 Eisenstein découvre à Paris le cinéma et le musée Grévin.1915-1917 Après d'excellentes études secondaire […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/eisenstein-reperes-chronologiques/

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LE CUIRASSÉ "POTEMKINE", film de Serge Mikhailovitch Eisenstein

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ALEXANDROV GRIGORI VASSILIEVITCH (1903-1986)

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Scénariste et réalisateur soviétique, Alexandrov exerça d'abord divers métiers secondaires au théâtre, avant de suivre quelques cours et de débuter comme acteur au théâtre du Proletkult de Moscou où il rencontre S. M. Eisenstein dont il devient le collaborateur (1923-1933). Acteur dans Le Journal de Gloumov (1923), corédacteur du scénario, assistant du metteur en scène et acteur (le contremaître) […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/grigori-vassilievitch-alexandrov/#i_1010

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  • Raphaël BASSAN
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CINÉMA (Aspects généraux) - Histoire

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ESTHÉTIQUE - L'expérience esthétique

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Pour citer l’article

Bernard EISENSCHITZ, « EISENSTEIN SERGE MIKHAÏLOVITCH », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/serge-mikhailovitch-eisenstein/